Éclairage

Israël calcule le coût diplomatique d’une annexion de pans de la Cisjordanie

L’État hébreu bénéficie d’une « fenêtre » de quelques mois pour agir, mais cela pourrait entamer sa relation avec une future administration démocrate.

Israël calcule le coût diplomatique d’une annexion de pans de la Cisjordanie

La colonie israélienne de Maale Adumim en Cisjordanie occupée, le 29 juin 2020. Reuters/Ilan Rosenberg

Appui tacite de Washington, grain de sable dans l’engrenage de sa « normalisation » avec les pays arabes du Golfe et mises en garde dispersées venues d’Europe : Israël jauge l’impact sur ses relations stratégiques d’une possible annexion de pans de la Cisjordanie occupée. Le 28 janvier, le président américain Donald Trump, avec à ses côtés le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dévoile à Washington son projet de résolution du conflit israélo-palestinien en partant de la situation sur le terrain et non, comme c’était le cas jusqu’à présent, du droit international et des résolutions de l’ONU. Son projet prévoit notamment le rattachement à Israël de la vallée du Jourdain, sous contrôle militaire israélien, et d’une centaine de colonies israéliennes en Cisjordanie.

Le plan, qui évoque une « solution à deux États réaliste », prévoit aussi la création d’un État palestinien démilitarisé sur un territoire réduit, sans Jérusalem-Est pour capitale et à certaines conditions. Salué par Israël, le plan propose ces mesures dans le cadre d’un « accord de paix israélo-palestinien ». Mais des négociations de paix sur ces bases s’avèrent impossibles car les Palestiniens – qui décrient ce plan, estimant qu’il enterre leurs rêves d’un État viable – refusent d’en discuter et ont mis fin à leur coopération sécuritaire avec Israël.

À partir de mercredi, date que l’État hébreu s’est fixée pour le début de l’annexion, le pays doit définir sa stratégie pour mettre en œuvre le plan américain. Tout en s’interrogeant sur le prix à payer d’une action unilatérale, en l’absence de négociations avec les Palestiniens. La décision « revient aux Israéliens », a résumé la semaine dernière le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, reprochant aux Palestiniens de « refuser » des pourparlers, une déclaration comprise dans la presse israélienne comme un appui tacite à une annexion sans accord. Mais cet appui pourrait s’envoler avec un changement à la Maison-Blanche à l’issue de la présidentielle de novembre, d’autant que le démocrate Joe Biden, en avance dans les derniers sondages, s’oppose à l’annexion. D’un côté, Israël bénéficie d’une « fenêtre » de quelques mois pour agir. De l’autre, si le pays l’utilise, cela pourrait entamer sa relation avec une future administration démocrate.

Normalisation dans le Golfe

Ces dernières années, Israël a développé une coopération officieuse avec des économies régionales comme Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite avec lesquels il cherche à normaliser ses relations. Mais en cas d’annexion sans pourparlers, ces efforts pourraient être réduits à néant. « L’annexion mettra certainement fin aux aspirations israéliennes à de meilleures relations avec le monde arabe et les Émirats », a prévenu l’ambassadeur émirati aux États-Unis dans une tribune inédite publiée dans un quotidien israélien.

Jeudi dernier, des entreprises israéliennes et émiraties ont signé à la surprise générale une « coopération » en matière de lutte contre la maladie Covid-19. « C’est peut-être un geste des Émiratis pour dire (aux Israéliens) regardez ce que vous allez perdre si vous allez de l’avant avec l’annexion », estime Yoel Guzansky, de l’Institut national de la recherche sécuritaire (INSS) de l’université de Tel-Aviv. « Il y a énormément de pressions des États-Unis sur ces pays (du Golfe) pour faire des gestes d’ouverture à l’égard d’Israël », mais ces monarchies doivent aussi tenir compte du « soutien » de leur opinion publique à la cause palestinienne, rappelle-t-il.

Sanctions européennes ?

L’Union européenne (UE) a, elle, lancé une offensive diplomatique pour tenter d’empêcher Israël de poursuivre son projet d’annexion. Mais l’UE, premier partenaire économique de l’État hébreu, ne semble pas en mesure de le menacer de sanctions car l’imposition de telles mesures exige l’unanimité des États membres.

Or deux pays – l’Autriche et la Hongrie – ont déjà refusé de voter une résolution demandant à Israël de renoncer à son projet. Et ces deux dernières semaines, des dirigeants de Chypre et de Grèce sont venus en Israël discuter de la coopération gazière en Méditerranée. Divisée, l’UE pourrait sanctionner des programmes de coopération spécifique avec Israël n’exigeant pas l’unanimité des membres.

Des pays membres pourraient aussi mener une action « coordonnée », notait la semaine dernière le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian. Ou se prononcer en ordre dispersé, chacun des États devant alors évaluer le pour et le contre d’une réduction de son engagement avec Israël. Benjamin Netanyahu renoncera-t-il à une annexion si certains pays d’Europe menacent de réduire leur coopération ?

Et les pays européens, qui consomment une grande partie de la technologie israélienne, ont-ils vraiment avantage à réduire leur relation avec l’État hébreu ? « Nous avons besoin des Israéliens, mais pas des Palestiniens », affirme un diplomate européen requérant l’anonymat.

Jonah MANDEL et Guillaume LAVALLÉE/AFP


Appui tacite de Washington, grain de sable dans l’engrenage de sa « normalisation » avec les pays arabes du Golfe et mises en garde dispersées venues d’Europe : Israël jauge l’impact sur ses relations stratégiques d’une possible annexion de pans de la Cisjordanie occupée. Le 28 janvier, le président américain Donald Trump, avec à ses côtés le Premier ministre...

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Les pays du Golfe plieront l'échine , et leurs déclarations timides ne sont que du vent ! Ils rêvent tous, ces petits roitelets du désert, d'en finir avec cette cause palestinienne qui les dérange dans leur confort sordide de colonisés par la sous-culture américaine ! Natanyahou peut avancer ses pions sans danger , sauf que l'Iran pourrait réclamer des comptes

Chucri Abboud

14 h 52, le 30 juin 2020

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Commentaires (1)

  • Les pays du Golfe plieront l'échine , et leurs déclarations timides ne sont que du vent ! Ils rêvent tous, ces petits roitelets du désert, d'en finir avec cette cause palestinienne qui les dérange dans leur confort sordide de colonisés par la sous-culture américaine ! Natanyahou peut avancer ses pions sans danger , sauf que l'Iran pourrait réclamer des comptes

    Chucri Abboud

    14 h 52, le 30 juin 2020