La chancelière allemande Angela Merkel. Photo AFP / POOL / Kay Nietfeld
Angela Merkel a dénoncé lundi des actes "ignobles" suite à des violences urbaines et des agressions de policiers par des bandes de jeunes à Stuttgart au cours du weekend, qui ont choqué l'Allemagne. "Les scènes survenues dans le centre-ville de Stuttgart dans la nuit de samedi à dimanche sont ignobles et doivent être fermement condamnées", a déclaré le porte-parole de la chancelière, Steffen Seibert.
L'émoi est grand en Allemagne après ces actes de vandalisme d'une ampleur jugée "sans précédent" par les autorités. Le président de la région de Stuttgart, Winfried Kretschmann, a parlé "d'orgies de violence" à l'encontre des forces de l'ordre. Le chef de l'Etat Frank-Walter Steinmeier a appelé à ce que les auteurs des échauffourées soient "poursuivis et punis avec tout la sévérité prévue par la loi". "Il y va de la crédibilité de notre Etat de droit", a abondé le ministre de l'Intérieur Horst Seehofer, qui s'est rendu sur place lundi.
"Tentative d'homicide"
Les violences ont éclaté à la suite d'un contrôle de police pour une affaire de stupéfiants. Il a ensuite dégénéré.
Jusqu'à 500 jeunes gens, la plupart des hommes dont certains fortement alcoolisés selon la police, se sont alors dirigés en petits groupes vers le centre-ville pour y semer le chaos pendant plusieurs heures, pillant des magasins et attaquant les forces de police et de secours sur place. Au total 25 personnes ont été interpelées, dont un adolescent de 16 ans accusé de tentative de meurtre après avoir frappé à la tête un étudiant déjà à terre qui avait protesté contre les débordements.
Entretemps, 16 ont été libérées, le reste des protagonistes devant être envoyé devant un juge pour participation à des émeutes, blessures corporelles graves, agression contre des forces de l'ordre et vol aggravé, a précisé le parquet. Âgés de 16 à 33 ans, ils sont de nationalités allemande, croate, irakienne, portugaise et lettone.
La police fait de son côté état de 19 blessés légers dans ses rangs. Selon les autorités, les jeunes voulaient se mettre en scène sur les réseaux sociaux. Ils ont scandé des slogans tels que "Il se passe enfin quelque chose à Stuttgart!". "Nous n'avons pas d'éléments laissant penser que les actes aient été motivés par des raisons politiques ou religieuses", a souligné la responsable de la police régionale Stefanie Hinz.
Elle contredisait ainsi les allégations du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) qui a rapidement mis les faits sur le compte des "migrants et antifa" d'extrême-gauche, selon un tweet d'une de ses dirigeantes, Alice Weidel.
La police prise pour cible
Ces événements interviennent alors que la police allemande a été vivement critiquée récemment, notamment au sein du parti social-démocrate SPD, allié d'Angela Merkel au gouvernement. Sa co-présidente Saskia Esken a évoqué un "racisme latent" dans ses rangs, dans le sillage des débats consécutifs à la mort de l'afro-américain George Floyd, tué par un policier fin mai aux Etats-Unis.
Dans un récent éditorial intitulé "tous les flics sont inaptes au travail", le journal berlinois de gauche "TAZ" se demandait que faire pour le cas hypothétique où la police serait un jour démantelée. Et de conclure: les envoyer à la "décharge publique". Le journal a depuis présenté ses excuses. Le syndicat de la police a déclaré avoir porté plainte contre l'auteure de l'éditorial. Le ministre de l'Intérieur a dit l'envisager aussi, estimant que des discours "irresponsables" pouvaient avoir des conséquences dramatiques.
Plusieurs policiers ont également été blessés samedi dans des affrontements avec les habitants d'un immeuble à Göttingen dans le centre de l'Allemagne, placés en quarantaine après qu'une centaine d'entre eux eurent été déclarés positifs au coronavirus.
A cet égard, le criminologue Christian Pfeiffer a lié les violences de Stuttgart aux frustrations provoquées par le confinement de ces dernières semaines. "Il y a beaucoup de perdants de la crise" et de "colère accumulée", a-t-il estimé dans un entretien au journal Augsburger Allgemeine, soulignant également que "les gens qui étaient enfermés deviennent plus agressifs".

