Une employée distribuant du gel hydroalcoolique à des passagers à Karachi au Pakistan, le 20 mai 2020. Photo AFP / Rizwan TABASSUM
Le Pakistan a franchi mercredi la barre des 1.000 morts du nouveau coronavirus, selon des chiffres officiels rendus publics jeudi, la létalité de la maladie restant faible dans ce pays de plus de 200 millions d'habitants.
Quelque 1.017 décès sont désormais recensés, selon le site du gouvernement pakistanais dédié au Covid-19. Trente-deux personnes ont péri du virus mercredi, un chiffre dans la moyenne des dernières journées.
La maladie affecte principalement les plus jeunes mais tue les plus âgés. Dans un pays où l'âge médian est inférieur à 23 ans, 75% des malades ont moins de 50 ans, alors que 72% des personnes décédées ont plus de 51 ans, selon un rapport gouvernemental paru lundi, dont l'AFP a eu copie. La mortalité du Covid-19 est estimée à 2,1% au Pakistan, contre 5,3% en Inde, 1,4% au Bangladesh et 6,6% dans le monde. Le nombre de contaminés est toutefois difficile à estimer. Si 48.000 personnes infectées étaient recensées officiellement jeudi, pour 430.000 testées, elles ne représentent qu'une fraction de la réalité, faute d'un dépistage conséquent, selon des experts.
Le ministre de la Santé du Khyber-Pakhtunkhwa, Taimoor Salim Jhagra, qui compte officiellement 7.000 malades, estime ainsi le nombre de cas réels à "plus de dix fois les chiffres officiels" dans cette province du nord-ouest du pays.
"On peut contester le nombre de malades, mais personne ne peut remettre en question notre comptage des morts", officiellement 351 dans la province, assure-t-il à l'AFP. La situation est selon lui "toujours sous contrôle" au Pakistan, où de premières projections voyaient le pays franchir le cap des 1.000 morts "la premier semaine d'avril" du fait d'un système de santé en déliquescence et d'un illettrisme important.
Par comparaison, le Brésil, à la population équivalente, compte près de 19.000 morts, dont près de 1.200 pour la seule journée de mardi. "Notre taux de mortalité est très bas", "peut-être parce que notre population est plus jeune ou que nous avons une meilleure immunité", remarque Nauman Ul Haq, professeur de santé publique. "Mais on ne peut rien dire catégoriquement", poursuit-il, faute de statistiques fiables dans un pays où la "stigmatisation sociale liée à la maladie" pousse en outre nombre de contaminés à ne pas se faire dépister et des familles à ne pas déclarer les décès de leurs proches.
Les craintes sont toutefois réelles que le coronavirus ne s'emballe au Pakistan. Des projections gouvernementales prévoient de 2.500 à près de 4.700 morts au 15 juin prochain. En cause, l'assouplissement du confinement depuis le 9 mai dans le pays. Les marchés sont désormais bondés, sans aucun respect de la distanciation sociale. Le gouvernement, sous la pression des religieux, a également autorisé les rassemblements dans les mosquées pendant le ramadan.

