Capture d’écran du compte Instagram « À vous de jouer ».
Des lignes de l’Avare ou de Bajazet en deux minutes chrono : dans leur cuisine ou devant leur chambre à coucher, une centaine de comédiens confinés se défient sur le Net en déclamant des extraits du répertoire.
Postées sur YouTube et Instagram avec le mot-clé #Avousdejouer, ces vidéos – une idée du metteur en scène et acteur Nicolas Briançon – sont enregistrées par les comédiens sans artifice, avec une règle simple : sans considération de style, vers ou prose, les comédiens récitent de courts extraits des œuvres des trois plus grands auteurs du théâtre classique français : Molière, Racine et Corneille.
Privés de scène depuis près de deux mois et jusqu’à nouvel ordre, une pléthore d’acteurs et d’actrices se sont prêtés à l’exercice : Jacques Weber, François Berléand, Anne Charrier, Jean-Luc Moreau et Guillaume de Tonquédec, Bruno Solo, Didier Sandre, Nicole Croisille, Florence Pernel, François Vincentelli, Éric Laugérias, Laurent Spielvogel ou encore Alexandre Brasseur.
« Les comédiens seront les derniers à reprendre, à l’automne si tout va bien et sans doute avec des jauges réduites pour assurer la distanciation... Je cherchais un moyen de garder le contact avec le public, comme le font les chanteurs et musiciens », a expliqué à l’AFP Nicolas Briançon.
« Reprenant l’idée d’un challenge entre comédiens britanniques avec des textes de Shakespeare, j’ai demandé à mes pairs d’y participer avec nos propres grands auteurs, parmi les plus exigeants du répertoire », a précisé le metteur en scène des nouvelles versions du Canard à l’orange et de N’écoutez pas, Mesdames ! avec Michel Sardou, qui ont marqué la dernière saison.
Sa dernière mise en scène, Dix ans après de David Foenkinos, à l’affiche du Théâtre de Paris, a été stoppée en plein succès par le confinement.
« La culture quand on n’a plus rien »
« J’ai eu un retour enthousiaste de nombreux comédiens. La force des grands auteurs du théâtre classique est qu’ils continuent bien souvent de parler de nous. Des extraits courts les rendent encore plus accessibles », observe Nicolas Briançon.
Le comédien a choisi ainsi de déclamer lui-même un extrait presque de circonstance du monologue d’Arnolphe dans L’École des femmes de Molière : « J’ai peine, je l’avoue, à demeurer en place. Et de mille soucis mon esprit s’embarrasse, pour pouvoir mettre un ordre, et dedans et dehors... »
Guillaume de Tonquédec, qui a retenu pour sa part un extrait d’Amphitryon de Molière, une scène qui lui a ouvert les portes du conservatoire, « espère que ces lectures pourront être une porte d’entrée vers le théâtre classique ».
« Je n’ai qu’une envie : retrouver la scène, mais ce ne sera malheureusement pas pour tout de suite, confie encore le comédien. Cette période est intéressante. Elle remet en avant l’importance de la culture quand on n’a plus rien. »
Source : AFP

