La musique au Liban est en deuil.
Le compositeur a rangé ses partitions. Il n’est plus…
Le compositeur Joseph Waked s’est éteint à l’aube du samedi 2 mai à la suite d’une hémorragie cervicale. Avec sa disparition, le monde musical et ecclésial libanais et arabe perd une de ses figures contemporaines et créatives qui a enrichi la bibliothèque liturgique et musicale par un héritage plein de pages symphoniques, oratorios, cantates et hymnes.
Avec son talent, Waked a pu servir une haute mission, celle du prêtre-musicien, par l’intégrité de sa personne, l’assiduité de son travail, la fidélité à ses croyances et la persévérance de son souffle, tout en déplorant la médiocrité, la superficialité et la banalité qui a pu se développer dans la musique liturgique maronite. Son répertoire demeure aussi une sorte de tribune pour une réflexion religieuse doublée d’un message théologique.
Le jour où l’on fera le point sur son apport à la musique, on découvrira un innovateur que le Liban et l’Église maronite ont peut-être sous-estimé.
Alors que, lors des dernières années de sa vie, Joseph Waked souffrait de problèmes graves de santé, il n’a cessé de composer et de produire malgré sa maladie. De cette production, nous citons ses Poèmes symphoniques dans lesquels il décrit la beauté des sommets des montagnes du Liban, et chacune de ses compositions porte le nom de l’un d’entre eux. Les Poèmes symphoniques et les Psaumes ont été enregistrés récemment en 2017 par l’orchestre du Teatro San Carlo de Naples et chantés par la chorale de l’Université antonine…
Une grande perte que celle de cet homme qui a cru dans le fait que la musique joue un rôle essentiel qui unifie et enrichit la société. N’est-ce pas dans ce but qu’il a fondé pendant la guerre l’École de musique antonine, l’Institut supérieur de musique et la chorale de l’Université antonine, non comme un ensemble de projets définis, mais comme une idée fédératrice ? Ces initiatives sont rares de nos jours.
Paix à sa belle âme qui doit certainement être au paradis en train de diriger un harmonieux chœur de chérubins.
P. Toufic Maatouk
Chef d’orchestre
et docteur en musicologie

