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Culture - Édition

Le monde arabe entre angoisse et plaisir de vivre...

Les écrivains du monde arabe reflètent en toute honnêteté les affres et les angoisses de la vie quotidienne dans une région aux embrasements multiples. Une région qui n’a pas attendu l’arrivée du coronavirus, tyrannique règne d’une guerre supplémentaire contre un ennemi inconnu et invisible, pour être déglinguée. Ces hommes de plume dessinent les contours poreux et enflammés de leur terre en prise avec le chaos, sans que cela ne les dissuade de parler d’amour, de sa force, de sa transcendance.

De la Palestine à l’Irak, en passant par le pays du Cèdre qui croule sous les problèmes, les témoignages, entre révolte et besoin d’apaisement, abondent. Une palette aux facettes surprenantes, avec, cependant, par-delà la beauté d’une langue arabe riche et emboîtant le pas à la modernité, une inéluctable constante : la guerre, les dissensions sociales de systèmes corrompus et faillis, le cortège noir des paradoxes, de la décrépitude, de l’impuissance et de l’anarchie.


La déchirure palestinienne

De Palestine vient ce récit touchant sur le drame de vivre dans le monde arabe. Sur l’exil entre Beyrouth et les pays européens. Avec Ma taraktou khalfi (Ce que j’ai laissé derrière moi – 120 pages – Naufal-Antoine-Hachette), Shaza Mostafa livre ses souvenirs, en bribes et en vrac comme dans un journal où on épingle silencieusement, méticuleusement, le quotidien. Avec de petits textes lapidaires, tranchants, fignolés entre confidences ou petits cris qui ne ménagent pas le lecteur, la jeune auteure palestinienne, diplômée en architecture de l’Université américaine de Beyrouth, balance ses mots pour exorciser sa solitude, son exil, ses déceptions. Des mots qui révèlent aussi une farouche volonté de s’en sortir et de vivre.

Les meilleures pages ne sont pas ses revers d’amitié, d’amour, les discordes de ses parents ou l’incarcération d’un père qui, même libéré, est resté prisonnier de la société, mais les découvertes des cafés à Hamra, ses moments d’exaltation dans ses projets d’un futur sécurisé et serein, ses rêveries dans les jardins de l’AUB, ses batailles pour accéder à l’indépendance…

Et comme une pirouette inattendue, une question insolite qu’elle n’arrive pas à élucider : pourquoi ne supporte-t-elle pas le goût du lait ? Pointe d’ironie dans un monde de paradoxes sans doute.

Dans ce premier ouvrage bien ficelé, il y a ce subtil et attachant emploi de la langue arabe pour les moments chargés d’amertume aussi bien que de douceur ou de tendresse, si difficiles à trouver dans ce monde de brutes…




Pas de promesse

Troisième roman pour le jeune écrivain Salim Batta qui publie Thaoub hidad moulawan (Un habit de deuil coloré, 207 pages, Naufal-Antoine-Hachette). En fin d’ouvrage, l’auteur lâche cette phrase qui interpelle : « Je ne suis pas un écrivain et ne le serai pas. Je conte ma douleur, mon mal et celui de ceux qui m’entourent. Je n’ai pas compulsé des dictionnaires, des encyclopédies, et n’ai pratiqué des sessions d’enseignement pour seulement écrire… Ceci est l’histoire de Giovanni. Histoire d’une petite famille mordue et cassée impitoyablement par la guerre. Et vous, quelle est votre histoire ? »

Pour ce jeune auteur, traducteur (de l’anglais vers l’arabe), professeur universitaire et militant pour les droits de la femme et des enfants, voici un nouveau tremplin pour déployer ses talents de défenseur des dépossédés et des opprimés. Famille et patrie pour dire que l’abandon est commun, la déception commune, l’injustice commune et l’amour commun.

Giovanni a accumulé les sourires et la chaleur de ceux qu’il a rencontrés pour meubler des souvenirs… Un stock d’amitié et d’amour qu’il croyait pouvoir lui insuffler énergie et espoir. Et lui forger une armure contre l’adversité. Mais c’était compter sans les morts subites et les pompes funèbres de la guerre. Un livre d’une grande mélancolie sur le non-retour des êtres aimés…




L’amour au sens absolu

De l’Irak vient cette voix singulière, celle du romancier Nizar Abdel Sattar. Il s’agit du troisième roman aux éditions Naufal pour cet auteur de 53 ans né à Bagdad et lauréat du prix du meilleur romancier irakien pour son livre Leilat al-malak (La nuit de l’ange). Son dernier opus, intitulé Monsieur Dak (143 pages), est un récit plutôt court, mais bien étoffé, truffé de dialogues surprenants, dominé par deux personnages et la trame bien mince de l’histoire. À savoir monsieur et madame Dak, à la fois simples et intrigants, parfois émouvants.

Nizar Abdel Sattar nous parle ici d’amour, thème éternel et inépuisable, aussi foisonnant qu’insondable. Un thème que le monde contemporain tente en vain de rabaisser à « un sentiment de seconde émotion », pour reprendre les paroles de la chanteuse Tina Turner…

L’auteur de Terter et Parfum de cinéma l’aborde non seulement avec humour et grandeur, mais aussi dans un esprit d’absolu, de noblesse, de chevalerie moderne. Et cela dès les premières pages qui relèvent pourtant de l’absurde. Entre réalité et imaginaire, il entretient le lecteur de l’amour, pour une nouvelle vie, un nouvel espoir et une nouvelle raison de vivre. Un amour qui gomme les souvenirs, fait pousser des ailes, accorde une nouvelle identité. Tous les jours que Dieu crée. Une nouvelle histoire d’Adam et d’Ève. C’est l’affaire préoccupante de monsieur et madame Dak pour un quotidien qui défie les normes et les conventions, pour un nouveau départ des cœurs, de l’esprit et des corps… Parler d’amour et rien que d’amour devient la vie même de ces curieux tourtereaux comme pour engendrer une situation miraculeuse.

Un livre secret, qui a sa magie et ses parts d’ombre, qu’on lit comme un tonique conte bleu moderne, sans ignorer ou passer sous silence pourtant ses aspects indéchiffrables. On doit se soumettre à ce concept d’amour pour adhérer à cette narration en dehors des stressantes préoccupations contemporaines.

On suit l’histoire avec intérêt dans son évolution un peu déroutante grâce à une langue arabe maniée comme des mailles serrées pour un style racé d’écrivain.

Tous les livres ci-haut cités sont chez Naufal-Antoine-Hachette. À commander en ligne.


Les écrivains du monde arabe reflètent en toute honnêteté les affres et les angoisses de la vie quotidienne dans une région aux embrasements multiples. Une région qui n’a pas attendu l’arrivée du coronavirus, tyrannique règne d’une guerre supplémentaire contre un ennemi inconnu et invisible, pour être déglinguée. Ces hommes de plume dessinent les contours poreux et enflammés...

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