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Washington n'accorde à Bagdad que 30 jours d'exemption des sanctions contre l'Iran


AFP
26/03/2020

Les Etats-Unis ont accordé jeudi à l'Irak un nouveau répit de 30 jours, l'exemptant des sanctions visant Etats et entités commerçant avec l'Iran, influent voisin de Bagdad, qui lui est très dépendant notamment en matière d'énergie.

Depuis que les sanctions américaines contre Téhéran ont été rétablies, Washington n'a cessé de renouveler ses délais accordés à Bagdad pour trouver d'autres fournisseurs que l'Iran voisin qui lui assure une part de son électricité, en pénurie chronique.

D'abord de trois ou quatre mois, ces délais ont été grandement réduits: 45 jours accordés mi-février et désormais 30 jours qui courent jusqu'à fin avril, selon deux hauts responsables irakiens.

L'un d'eux, à la présidence, a précisé à l'AFP que ce délai serait "le dernier" accordé à Bagdad, risquant d'aggraver la crise économique dans un pays qui pourrait perdre jusqu'à 65% de ses recettes pétrolières --90% du budget de l'Etat-- cette année en raison de la chute des cours du pétrole face au nouveau coronavirus.

Le département d'Etat américain à lui seulement confirmé la dérogation renouvelée "pour répondre aux besoins énergétiques immédiats" de l'Irak, sans en préciser la durée.

Le Trésor américain a de son côté annoncé jeudi des sanctions contre des intérêts économiques iraniens en Irak, visant notamment l'organisation chargée de la rénovation des lieux sacrés.

Selon Washington, cette entité est sous le contrôle des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique iranienne, et a acheminé des armes aux paramilitaires chiites irakiens, que les Etats-Unis accusent d'attaquer des intérêts américains.

Les Etats-Unis ont délivré leurs exemptions à condition que Bagdad réduise sa dépendance à l'Iran, en remettant sur pied ses systèmes d'alimentation en électricité ou en trouvant d'autres fournisseurs par exemple.

Mais depuis novembre, "aucune de ces conditions n'a été remplie", assure à l'AFP un haut responsable irakien.

De ce fait, les exemptions auraient dû être levées, explique-t-il encore, mais un dernier délai a été accordé, en raison "des circonstances actuelles".

C'est-à-dire la désignation d'Adnane Zorfi, un pro-Américain, pour former un gouvernement en Irak, qui ne pouvait être mis dans l'embarras par Washington alors qu'il a déjà contre lui la plupart des partis et factions chiites du pays.

Washington ne cesse de pousser pour que la fin de la dépendance irakienne envers l'Iran se traduise par des signatures de contrats avec des compagnies --américaines en premier lieu.

Un mémorandum d'accord a bien été signé avec l'Américain General Electric l'an dernier mais aucun contrat n'a été finalisé.

L'Irak affirmait début 2019 que sa dépendance énergétique envers l'Iran était telle qu'il avait encore besoin de trois ans pour en sortir. Il lui achète actuellement 28 millions de mètres cubes de gaz par jour et 1.400 mégawatts d'électricité.

Ces achats sont cruciaux car l'Irak produit environ 16.000 mégawatts (MW), loin de la demande évaluée à 24.000 MW durant l'année et jusqu'à 30.000 MW en été.

Et surtout, le pays --pourtant l'un des plus riches en pétrole du monde-- pâtit de la déliquescence de ses infrastructures. Pour l'Iraq Energy Institute, 30 à 50% de l'énergie se perd pendant son acheminement.

Mais les grands projets censés notamment permettre d'utiliser le gaz irakien --qui jusqu'ici brûle sans être reconverti en source d'énergie-- n'ont toujours pas vu le jour dans le seizième pays le plus corrompu au monde.

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