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La procureure appelle à croire les femmes et à condamner Weinstein


AFP
14/02/2020

L'accusation a appelé vendredi les jurés à déclarer coupable le "prédateur" Harvey Weinstein, et à croire les femmes qui n'ont "aucune raison de mentir" en accusant le producteur d'agressions sexuelles, au dernier jour de ce procès-test pour le mouvement #MeToo.

Le producteur de cinéma aux plus de 80 Oscars se considérait "comme un maître de l'univers, et les femmes qui ont témoigné (contre lui) n'étaient que des fourmis qu'il pouvait piétiner sans conséquences", a déclaré la procureure Joan Illuzzi-Orbon dans son réquisitoire final, après trois semaines d'audiences au tribunal de Manhattan. Le producteur de 67 ans - qui risque la perpétuité en cas de condamnation par les jurés qui délibéreront à partir de mardi - pensait avoir une "police d'assurance infaillible" car les femmes qui ont témoigné au procès "faisaient la queue pour entrer dans son univers", a-t-elle ajouté. Selon la procureure, les six femmes qui l'ont accusé au procès de les avoir agressées n'avaient "aucune raison de mentir". "Pourquoi se soumettre à tout ce stress" en venant témoigner ? a-t-elle lancé aux jurés pendant ses trois heures de plaidoirie, nettement plus courte que celle la veille de l'avocate de la défense Donna Rotunno. "Ont-elles semblé heureuses d'être au prétoire ? (...) Elles ont sacrifié leur dignité, leur intimité, leur quiétude dans l'espoir de faire entendre leur voix", a-t-elle affirmé.

La procureure - la même qui mena les poursuites contre Dominique Strauss-Kahn dans l'affaire du Sofitel en 2011, finalement abandonnées - a aussi voulu dissiper les doutes distillés par l'avocate de la défense jeudi. Cette dernière avait insinué que ses accusatrices s'étaient elles-mêmes mises en situation d'être agressées, en continuant à fréquenter le producteur alors qu'il les avait déjà selon elles violentées.



Les crimes sexuels sont "différents" 
"Est-ce qu'en allant chez Harvey Weinstein, elle méritait ce qui lui est arrivé ? Était-ce sa décision ?" a-t-elle interrogé, en référence aux accusations de Mimi Haleyi, une ex-assistante de production qui accuse M. Weinstein de l'avoir agressée au domicile du producteur en 2006. "Est-ce qu'en prenant l'avion, on doit s'attendre à ce qu'il soit détourné? (...) Mais nous percevons les victimes de crimes sexuels différemment (des victimes) d'autres crimes", a-t-elle martelé.

Au cours de sa plaidoirie entremêlant une vingtaine de dépositions, parfois difficile à suivre, elle est revenue longuement sur le récit de l'actrice Annabella Sciorra, qui affirme avoir été violée par M. Weinstein à l'hiver 1993-94, chez elle à Manhattan. Des six femmes qui ont témoigné contre le co-fondateur de Miramax, le témoignage de la comédienne, au début du procès, fut sans doute le plus accablant pour Harvey Weinstein. Annabella Sciorra a tout fait pour le maintenir à distance ensuite, alors que plusieurs autres femmes sont restées en bons termes avec lui. La procureure a souligné que cela lui avait valu de figurer sur une "liste rouge" du producteur, et d'être ciblée par des personnes qu'il avait recrutées pour essayer d'étouffer en 2017 les enquêtes de journalistes du New York Times ou du New Yorker sur ses abus sexuels présumés. C'est la publication de ces enquêtes qui a déclenché le mouvement #MeToo en octobre 2017, précipitant la dénonciation d'abus sexuels de nombreux hommes de pouvoir. Harvey Weinstein est le premier à être jugé au pénal.

La procureure a aussi repris le témoignage parfois confus de Jessica Mann, une ancienne aspirante actrice qui a reconnu avoir eu une relation avec Harvey Weinstein pendant plusieurs années, après qu'il l'eut présumément violée en 2013. La défense avait utilisé son récit comme la preuve qu'elle était en fait consentante, citant de nombreux courriels affectueux qu'elle a envoyés à Harvey Weinstein. Pour la procureure, Mme Mann a prouvé tout du long qu'elle était de la plus haute "moralité", même si elle a parfois pris de "mauvaises décisions". "Si vous croyez qu'elle dit la vérité, elle est bien la victime d'un viol", a-t-elle lancé aux jurés.

Si M. Weinstein a été accusé de harcèlement ou d'agression sexuelle par plus de 80 femmes depuis 2017, il n'est jugé directement à New York que pour deux agressions présumées : le viol supposé sur Jessica Mann et un cunnilingus forcé qu'aurait subi Mimi Haleyi. Les témoignages des quatre autres femmes sont censés établir qu'il était un agresseur récidiviste, ce qui lui vaut d'avoir été inculpé d'"agressions sexuelles prédatrices".

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