Des touristes israéliens visitant le parc de Naharyim/Baqoura, dans la vallée du Jourdain, sur des terres jordaniennes "mises à disposition gratuitement" à des propriétaires israéliens pour une période initiale de 25 ans, le 8 novembre 2019. Photo AFP / MENAHEM KAHANA
Un accord vieux de 25 ans entre Israël et la Jordanie et autorisant des fermiers israéliens à cultiver des terres sur deux sites jordaniens le long de leur frontière commune arrive à échéance dimanche, laissant les paysans dans l'incertitude.
Le traité de paix jordano-israélien de 1994 autorisait la "mise à disposition gratuite" de terres jordaniennes à des propriétaires israéliens pour une période initiale de 25 ans, dans les régions de Baqoura/Naharayim et Ghoumar/Tzofar.
En octobre 2018, un an avant l'échéance, le roi Abdallah II de Jordanie avait notifié à Israël sa volonté de récupérer ces secteurs frontaliers, d'une dizaine de kilomètres carrés, sur lesquels des fermiers israéliens cultivent céréales, fruits et légumes.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait alors répondu qu'il voulait ouvrir des négociations pour maintenir le statu quo. Mais à quelques jours de l'échéance prévue pour la rétrocession des terres, le flou persiste.
Vendredi, sous un doux soleil d'automne, des groupes d'Israéliens sont entrés dans la mi-enclave de Naharayim sous la supervision de soldats jordaniens, à tour de rôle et en convois de sept voitures, pour faire leurs adieux à cette terre, a constaté un photographe de l'AFP sur place.
Pour Avner, membre d'un kibboutz à proximité qui cultivait la terre de Naharayim, la fin de cet accord est d'autant plus douloureux que sa petite communauté devra trouver une nouvelle activité pour compenser la perte de cette terre arable.
"Jusqu'à présent, aucun responsable israélien ne nous a rencontrés ou écrit une lettre à ce sujet", a indiqué à l'AFP Idan Grinbaum, le directeur du Conseil régional de la vallée du Jourdain, où est situé ce site nommé Naharayim en hébreu et Baqoura en arabe.
Ce dernier a toutefois indiqué que des responsables jordaniens lui avaient signifié que l'accès à ces terres agricoles sera interdit dès dimanche aux agriculteurs israéliens.
Baqoura est une zone de quelque six kilomètres carrés située près du fleuve Jourdain, sur la partie nord de la frontière israélo-jordanienne, tandis que Ghoumar, appelé Tzofar en hébreu, est une zone d'environ quatre kilomètres carrés, située sur la ligne séparant les deux pays dans le Sud.
Avec la reprise du site de Baqoura/Naharayim, nommé aussi "île de la paix" par les Israéliens, "les gens ont le sentiment qu'Israël les a abandonnés. C'est vraiment malheureux de voir que nous quitterons ainsi l'île de la paix", a ajouté M. Grinbaum.
Contacté par l'AFP, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que "l'accord arrive à échéance le 10 novembre", sans épiloguer sur d'éventuels pourparlers de dernière minute, ou sur le sort des fermiers, qui ne vivent pas sur ces sites mais viennent y travailler.
Selon la chaîne israélienne 13, le chef de la diplomatie jordanienne Ayman Safadi a confirmé cette semaine au conseiller sécuritaire de Benjamin Netanyahu, Meir Ben-Shabbat, qu'il n'y aurait pas de prolongation de l'accord sur ces deux zones.
La chaîne a toutefois suggéré un dédommagement par la Jordanie aux agriculteurs israéliens après la rétrocession.
Plus tôt cette semaine, Israël et la Jordanie ont mis fin à une crise diplomatique avec la libération de deux Jordaniens, détenus depuis plusieurs mois sur le sol israélien sans motif déclaré.
Pour protester contre la détention de Hiba al-Labdi, en grève de la faim depuis plus d'un mois et dont la santé s'est détériorée selon les médias jordaniens, et Abdelrahmane Merhi, atteint d'un cancer, la Jordanie avait rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv.

