Devant un portrait de Nabih Berry, président du parlement, une route coupée, à Nabaityé, au Liban-Sud, le 18 octobre 2019. REUTERS/Aziz Taher
Nabatiyé, Liban-Sud. Depuis jeudi soir, des milliers de personnes ont investi les rues de la ville, coupant à l’aide de pneus enflammés toutes ses entrées. À l’instar de leurs concitoyens dans les autres régions du Liban, ils sont venus crier leurs ras-le-bol contre une classe politique « corrompue ».
« Pour que vous viviez, le Liban meurt ! », « Ne touchez plus à nos poches ! »… ont scandé les manifestants dont certains ont passé la nuit devant le sérail de Nabatieh. « Mis à part les partisans du mouvement Amal et du Hezbolah, pratiquement toute la ville est dans la rue », décrit à L’Orient-Le Jour Badia Fahs, journaliste présente sur les lieux.
Nabatiyé, ville à forte densité démographique, souffre d’un fort taux de chômage. Depuis 1992, le peuple élit le tandem chiite Amal-Hezbollah, mais beaucoup considèrent que les élus n’en font pas assez pour le développement du caza. Les opportunités de travail manquent, et les infrastructures, en eau et électricité notamment, sont défaillantes.
Selon Badia Fahs, depuis jeudi soir, les manifestants sont particulièrement virulents à l'encontre du président de la Chambre et chef du mouvement Amal, Nabih Berry, qu’ils accusent « d’être un voleur ». Les ministres et députés d'Amal sont également interpelés. En comparaison, le Hezbollah est beaucoup moins attaqué par les manifestants.
Jeudi soir déjà, des manifestants s'en étaient pris aux domiciles et bureaux de plusieurs responsables de Amal et du Hezbollah. Plusieurs personnes qui manifestaient devant le bureau du député d'Amal Hani Qobeissi (Amal) ont défoncé la porte du bureau, rapportait la LBCI. Les dégâts sont matériels. Dans la nuit, des personnes ont également manifesté devant le domicile du député Yassine Jaber (Amal).
Vendredi, soit au deuxième jour de la mobilisation des Libanais à l'échelle de tout le pays, certains manifestants, à Nabatiyé, pensent déjà à la phase suivante. « Si on ne s’organise pas, le chaos régnera », insistent-ils, rapporte Badia Fahs. Pour d’autres, il est important que tout l’État démissionne et pas seulement le gouvernement et qu’un cabinet de technocrates soit formé. Ce mandat est « maudit », lance un manifestant, « depuis trois ans, nous accumulons les désastres ».
Les manifestants sont également convaincus que si les partisans d'Amal et du Hezbollah ne se joignent pas à eux, les choses ne changeront pas, car le tandem chiite a une forte influence dans la ville.

