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Culture

Si Beyrouth m’était contée en musique électronique

Rencontre

Entre deux concerts, le producteur de musique électronique franco-libanais Hadi Zeidan évoque son nouvel opus, sorti en juillet 2019, « Obscure Sounds For Small Clubs ».

27/08/2019

« Analogique, électronique, nostalgique », c’est en ces termes que le musicien autodidacte Hadi Zeidan dépeint son œuvre, dont les habitués du clubbing sont familiers. Né en 1993, le producteur de sons électroniques a grandi à Beyrouth, où il a appris la guitare et le piano avec Abdallah Chahine. « À 18 ans, j’ai suivi des études de lettres à la faculté de Montpellier, où j’ai obtenu un master. Mais la musique était déjà omniprésente dans ma vie, je chantais et jouais de la guitare dans des bars, je m’achetais des machines, et j’expérimentais l’univers des sons. Au cours de mes soirées étudiantes, j’ai découvert un nouveau monde, celui de la musique électronique, où se mélangent des lignes de basse, des beats et des mélodies éclectiques, et j’ai eu envie de mélanger les outils électroniques, les instruments acoustiques et les mélodies orientales », précise celui qui est entré dans la vie active comme journaliste à France 24, où il est resté trois ans. « Dans ma pratique de composition, j’applique de nombreux éléments glanés dans mon parcours, comme les notions de copywriting, de storytelling, ou de ligne éditoriale », ajoute le jeune homme, qui se consacre entièrement à la musique depuis deux ans.

En 2016, le producteur de sons hypnotiques et méditatifs lance Beirut Electro Parade, une plateforme musicale pour promouvoir les pratiques de musique moderne électronique de Beyrouth et du monde arabe. Ce rendez-vous de la scène underground moyen-orientale connaît un vif succès, et débouche sur un festival itinérant, régulièrement reconduit de ville en ville, en France et à l’étranger. La même année, Hadi Zeidan crée la première web-radio, Shik Shak Shok, dédiée à cultiver l’âge d’or de la musique arabe, tout en partageant ses compositions originales : un alliage de sons qui permettent de transformer les espaces en cabarets beyrouthins. Dans le cadre du projet Paris-Beyrouth-Damas, mené avec un musicien syrien, Yaman Suhem, il monte également une performance électro-arabique, s’inspirant tout autant d’Oum Koulthoum, des Doors, ou d’Acid Arab.

Après Early Releases (2017), le conteur et musicien électronique sort son album Taksim Analog en 2018. Les sons créés par des rythmes néoarabes sur synthétiseurs analogiques sont très appréciés sur les pistes de danse, et parmi les mélomanes à l’international. Il s’agit de sa première grande sortie sur vinyle, vendue un peu partout dans le monde, et qui le rend célèbre.



Synthétiseurs, Luna Park et nostalgie des eighties
Obscure Sounds For Small Clubs est le dernier E.P. (Extended Play) de l’artiste. Il se compose de quatre titres, aux rythmes singuliers, sur une ligne de basse hypnotisante et des structures de free jazz, qui plongent le dancefloor dans une ambiance psychédélique. « J’ai enregistré mes dernières compositions dans mon studio, à Paris, avec mes machines de synthèse analogiques, dont le légendaire Yamaha CS80. J’ai une grande nostalgie pour les synthétiseurs des années 70 et 80, je les collectionne, et c’est avec eux que je travaille, que je compose, et que j’écris des sons », explique celui dont l’esthétique musicale est viscéralement liée à la ville de Beyrouth. « Je retourne à Beyrouth très souvent et, à chaque fois, je ressens à mon retour une ardeur d’illustrer cette ville, que je trouve très photogénique. Pour Obscure Sounds For Small Clubs, je me suis inspiré du Luna Park du bord de mer, et de la grande roue, en termes de spectre sonore, de rythme et d’images. Mon départ du Liban a déclenché en moi une forme de nostalgie pour mes origines arabes, et j’ai voulu explorer une musique qui me ressemble, en faisant fusionner des genres, c’est un acte très intime. J’aime les années 80, leurs sons, leurs couleurs, je collectionne les vinyles de cette époque, notamment les titres d’Élias Rahbani. J’appartiens à cette génération d’après-guerre à qui on a très peu raconté ce qui s’est vraiment passé, et j’ai envie de reconquérir cette période, très riche dans l’histoire de la musique arabe », confie-t-il, un brin nostalgique. « Ma musique est à l’image de Beyrouth, elle est très volatile, et n’a pas de genre spécifique ; elle est en constante mutation. Je tends vers une éthique de travail de qualité, je fais très attention aux arrangements, aux normes, et aux détails techniques les plus infimes », conclut-il.

Après une saison estivale chargée de concerts, à Londres, Genève, Dubaï, etc, Hadi Zeidan revient au Liban en octobre pour un DJ Set au Ballroom Blitz, un des clubs préférés du compositeur, avec des sons voodoo, et une inspiration électro postpunk et néoarabe. « Le DJ Set est un format musical particulier et très contemporain, il se tient dans un club ; il s’agit de montrer l’univers sonore de l’artiste et de consolider son répertoire musical. C’est aussi un moyen de faire la promotion de ses propres compositions, sur un grand système sonore. Avec trois ou quatre platines, on peut jouer pendant des heures, raconter l’histoire de son travail, de ses goûts, de son univers... Je fais ça très régulièrement. »

Celui qui revendique des influences du free jazz à la disco, en passant par des styles plus obscurs, apprécie les innombrables outils qui lui permettent de lier les genres entre eux et de s’exprimer par la musique. Lorsqu’on l’interroge sur l’actualité artistique au Liban, notamment autour de l’annulation du concert de Mashrou’ Leila, le producteur de musique électronique répond avec une pointe de tristesse. « Ce que je pense de la blague de tel ou tel artiste ne regarde que moi ; malheureusement, au Liban, le passionnel et le passionné l’emportent sur le cartésien, et c’est notre grand malheur. »

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