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Liban

La CNSS ambitionne d’élargir la couverture médicale à tous les Libanais

Santé

Une équipe de l’OIT basée à Genève est en mission au Liban pour apporter son expertise dans le cadre de l’élargissement de la prise en charge à toutes les catégories de professions.

19/07/2019

Assurer aux Libanais une couverture publique universelle des soins de santé ou pour le moins généraliser la couverture médicale à toutes les catégories de travailleurs n’est visiblement plus une utopie. La question fait désormais l’objet d’un travail de réflexion approfondie, initié par les commissions parlementaires de la santé, du travail, des affaires sociales, des finances. Un travail de réflexion lié à la faisabilité du projet et ses coûts, aux catégories de populations susceptibles d’être incluses dans le projet, au rôle des structures étatiques concernées, notamment de la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS) et du ministère de la Santé.

C’est dans le cadre de ce travail de réflexion que des experts de l’Organisation internationale du travail (OIT), dépêchés par le bureau de Genève pour une mission de deux semaines à Beyrouth, se sont réunis hier avec le directeur de la CNSS, Mohammad Karaké, en présence du conseiller régional pour la protection sociale au sein de l’OIT, Luca Pellerano. Avec pour objectif de dresser un état des lieux de la couverture actuelle de santé (maladie et maternité) et d’étudier la possibilité d’élargir cette couverture jusqu’aux professions libérales et aux travailleurs informels.


Un financement par les cotisations
L’Orient-Le Jour a contacté M. Karaké, qui a reconnu la nécessité d’assurer aux Libanais une couverture universelle des soins de santé. « Le droit à la santé est un droit humain. Et il relève de la responsabilité de la CNSS de l’assurer à tous les Libanais, car c’est la revendication populaire la plus importante », affirme-t-il. Le directeur rappelle que « seulement 52 % des Libanais bénéficient d’une couverture publique pour les soins médicaux ». Les 48 % restants sont donc potentiellement tributaires du ministère de la Santé, en cas d’hospitalisation. Sauf que « parmi ces 48 %, il existe de nombreux chefs d’entreprise ou professionnels libéraux qui ont les moyens d’assumer des cotisations à la CNSS ». « Nous envisageons donc de dresser une feuille de route pour permettre à davantage de catégories professionnelles, comme les chefs d’entreprise, les experts comptables, les physiothérapeutes, les travailleurs municipaux, les travailleurs indépendants ou autres, de bénéficier des prestations de santé de la CNSS », explique-t-il. Selon le responsable, ce travail de réflexion est aujourd’hui réalisé avec le soutien technique des experts de l’OIT.

Mais « l’opération dans son intégralité devrait prendre entre 3 et 5 ans, si toutefois le financement et les ressources humaines sont assurées ». Car « la CNSS, qui paie aujourd’hui 1 200 milliards de LL par an pour ses assurés, devra trouver le double de cette somme pour mener à bien son projet. Mais la contribution de l’État devrait se limiter à 25 % », estime M. Karaké. Le reste sera pris en charge par les bénéficiaires. « En effet, certaines catégories, mieux nanties, devront assumer des cotisations plus importantes, alors que l’État financera les cotisations des 10 à 15 % de la population les plus défavorisés. » Le tout, sur base du principe de solidarité. Mais pour ce faire, la question doit faire l’objet d’un consensus et d’un plan national avec des objectifs bien précis.



Lever les barrières légales
Également contacté par L’OLJ, le conseiller régional au sein de l’OIT, Luca Pellerano, qui est basé au Liban, constate « l’importante demande pour la mise en place d’un agenda national lié à la couverture médicale universelle ». D’où la présence de l’équipe d’experts de l’OIT et de l’Université américaine de Beyrouth aux côtés de la CNSS, qui « apportent conseils, diagnostic et supports techniques pour élargir la couverture médicale libanaise sur base de pratiques internationales ». « Nous aidons la CNSS à identifier les pratiques locales actuelles et les différents acteurs, mais aussi à envisager les opportunités et les domaines dans lesquels elle est susceptible d’accélérer ses efforts et d’apporter une plus large contribution », explique l’expert.

Certes, la tâche est titanesque, compte tenu de « la grande fragmentation du système de couverture médicale », entre le secteur public et privé, mais aussi au sein de chaque secteur. D’où la nécessité, estime M. Pellerano, « de bâtir des partenariats et d’éviter les duplications ». « Des rencontres sont organisées dans ce sens avec les différents partenaires de ce tiers-payant étatique, comme les ministères de la Santé publique, du Travail, des Finances, les instances économiques, syndicales, patronales et sociales ». « Également au cœur des défis d’une telle action, le financement et l’efficacité du système, poursuit l’expert. De même, certaines barrières légales devraient être levées, concernant notamment les travailleurs saisonniers et informels ». « Et ce, compte tenu que l’accès à la CNSS est un moyen de formaliser l’emploi », observe-t-il.

Le travail de réflexion avance certes. Il n’en reste pas moins qu’entre l’État libanais et l’OIT, la perception du droit des travailleurs est sensiblement différente. Côté libanais, on préfère pour l’instant se concentrer sur le droit à la couverture médicale des citoyens libanais. Alors que les standards de l’OIT recommandent de considérer le projet en fonction des catégories de travailleurs, sur base du principe de l’égalité de traitement en matière de protection sociale, et indépendamment de la nationalité.

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