La piste d'un acte politique d'extrême droite se précise en Allemagne après le meurtre d'un élu local membre du parti d'Angela Merkel connu pour ses opinions pro-migrants, un acte qui a créé un choc dans le pays.
Signe que cette piste est désormais privilégiée, le parquet fédéral de Karlsruhe, compétent en matière terroriste ou de crime organisé, a annoncé lundi avoir pris la direction des investigations.
Au cours du week-end, un homme de 45 ans a été arrêté dans cette enquête sur le meurtre par balle, début juin, d'un élu local de la région de Hesse, Walter Lübcke, membre du parti de centre-droit de la chancelière.
L'arrestation a été menée sur la base de traces ADN retrouvées sur les vêtements de la victime. Après avoir exploré la piste privée, les enquêteurs se penchent désormais sur celle d'un mobile politique.
Selon plusieurs médias, le suspect "vient de l'extrême droite". Certains parlent même de milieux néonazis, même s'il n'est pas établi à ce stade qu'il est encore lié aujourd'hui à cette mouvance.
En 2009, le suspect avait été interpellé avec quelque 400 autres militants néonazis pour s'être attaqué le 1er mai à Dortmund (ouest) à un rassemblement de la Fédération allemande des syndicats (DBG), a indiqué lundi sur son site Der Spiegel. Il avait écopé de sept mois de prison.
Il est connu des services de police pour d'autres faits de violence ou de détention d'armes, ajoute l'hebdomadaire.
Walter Lübcke, 65 ans, a été retrouvé mort le 2 juin sur la terrasse de sa maison à Wolfhagen, dans la banlieue de Kassel (centre). Il avait reçu une balle tirée à bout portant et baignait dans une mare de sang.
Si le mobile politique devait être confirmé, il s'agirait du premier meurtre de cette nature depuis les attentats de la Fraction armée rouge à partir des années 1970. En 1981, ce groupe d'extrême gauche avait tué un ministre régional de l'Economie, membre du parti libéral FDP.
Il s'agirait en outre du premier homicide d'un élu motivé par des idées radicales de droite depuis le Second conflit mondial. En Grande-Bretagne, une députée travailliste avait été mortellement poignardée en 2016 par un sympathisant d'extrême droite.
Plusieurs partis ont demandé lundi la tenue d'une session spéciale d'une commission au parlement fédéral pour savoir si l'extrême droite est bel et bien liée à ce meurtre.
Membre du parti démocrate-chrétien CDU, M. Lübcke avait dirigé pendant 10 ans une autorité administrative intermédiaire entre le Land de Hesse et ses communes. Il a aussi été député au parlement de Hesse.
En octobre 2015, après la décision d'Angela Merkel d'ouvrir les frontières à plusieurs centaines de milliers d'Irakiens et Syriens, il avait défendu les droits des réfugiés, s'attirant les foudres de l'extrême droite et des menaces de mort.
"Vous devez défendre les valeurs. Et quiconque ne représente pas ces valeurs peut quitter le pays à tout moment s'il n'est pas d'accord. C'est la liberté de tout Allemand", avait-il lancé lors d'une réunion publique.
Les hommages et articles consacrés à son décès ont suscité sur les réseaux sociaux une avalanche de commentaires, dont de nombreux saluant ce meurtre.
Un internaute s'était ainsi réjoui de la mort de "ce traître", un autre prévenant : "voilà ce qui arrivera à Merkel et aux autres". Ces commentaires ont suscité des réactions outrées jusqu'au sommet de l'Etat.
"Voir quelqu'un susciter à ce point la haine, juste parce qu'il défend des opinions humanistes, marque pour moi le déclin des valeurs morales humaines", s'était ainsi alarmé le ministre conservateur de l'Intérieur, Horst Seehofer, pourtant très critique de la politique migratoire généreuse de la chancelière Merkel.
Le président de la République fédérale, Frank-Walter Steinmeier, avait lui pointé la "responsabilité" des plateformes de réseaux sociaux, sur lesquelles est "répandue cette haine".


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