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Culture

Entre Willy Wonka et Katy Perry, le paradis gourmand de Jack Seikaly

Photographie

Les infrarouges du photographe font découvrir le monde « In a Different Light », à la galerie Rochane jusqu’au 15 juin.

12/06/2019

Au creux des maisons aux façades pastel de Saifi Village, les photographies de Jack Seikaly interpellent le passant à travers la vitrine de la galerie Rochane, surprennent le regard par la vivacité d’un camaïeu précis et récurrent. Mêlant plusieurs nuances de rouge, de fuchsia, de rose pâle contrastant avec des détails grisâtres, la palette du photographe déconcerte assurément. Jack Seikaly s’en amuse : « J’ai choisi ces couleurs, car elles rendent les gens heureux. Le rose est aussi une référence au travail de Richard Mosse qui a réalisé un film en infrarouge, depuis ça semble être le standard dans la représentation de l’infrarouge en photographie. Choisir différentes variations de rose me permet de contrôler ce qu’expriment les photographies. Elles dépendent du sujet en lui-même. »

Difficile de dépasser l’impression d’avoir atterri dans un paradis pop et gourmand sorti de l’imaginaire croisé de Willy Wonka et de Katy Perry. Les arbres apparaissent comme des gerbes de barbes à papa luxuriantes ; la verdure a changé de camp.

Pourtant, passé la porte, Beyrouth nous accueille et nous rappelle que l’explosion naturelle et colorée est bien rare, hélas. « Les photographies de Beyrouth montrent très peu de verdure. Je pense que c’était important de la comparer avec d’autres villes. C’est intéressant de remarquer ce manque de végétation », souligne Seikaly. Le panorama de la ville grise laisse voir des taches rosées, comme des points de couleur perdus entre les tours en béton.


Stars d’Instagram

En utilisant la technologie de l’infrarouge, Jack Seikaly est en mesure de proposer un nouveau rapport à ces lieux familiers et photogéniques, pris d’assaut par le tourisme. « Tout le monde va vous dire, quand vous voyagez, de ne pas aller là où tout le monde va, parce qu’il existe déjà trop de photos du lieu. Je ne suis pas d’accord avec cela. Il y a une raison pour que ces lieux soient connus : c’est parce qu’ils sont magnifiques. Et c’est dommage que, parce qu’ils sont tellement remplis de beauté, on ne veuille plus les prendre en photo. Moi, je veux photographier ces sites populaires, mais à travers une perspective différente, in a different light (sous un nouveau jour). Pour montrer aux gens que rien n’est déterminé, qu’il faut juste savoir changer de perception. » La Grande Muraille de Chine, le Golden Bridge au Vietnam, Lombard Street à San Francisco, les Cèdres du Liban, toutes ces stars d’Instagram passent sous le filtre infrarouge de Jack Seikaly pour se dévoiler sous un jour nouveau. En invitant l’invisible dans notre spectre visuel, la photosynthèse des plantes se donne à voir, détournant notre regard vers sa chimie inhérente, son aura, sa relation avec l’humain et l’urbain.La vivacité de la nature au premier plan invite à apprécier à nouveau ces espaces populaires et touristiques que l’on ne regarde plus, dont on s’est lassé. C’est une seconde chance que les photographies infrarouges offrent à l’observateur pour apprécier et percevoir la beauté de ces lieux qui attirent les foules. Le jeu avec la perception, essentiel à Seikaly, n’est pas libre de contraintes : « Je m’étais établi des règles en photographie : tu n’as pas le droit de retirer ou d’ajouter aucun élément, tu n’as pas le droit de changer les couleurs… Et j’ai brisé toutes ces règles avec l’infrarouge. J’y ai été forcé, car c’est quelque chose que l’on ne peut pas voir. J’ai dû tout transformer en quelque chose que l’on peut voir. J’ai assurément bousculé mes propres règles. » Appréciant en particulier l’instant photographique, l’œuvre demande au contraire un effort principal dans son édition. Un développement long et imprévisible, appelant à la patience pour réussir à nous présenter l’invisible.

Surprenant l’artiste autant que son public, l’infrarouge témoigne de relations parallèles, du végétal à la lumière. Si chaque lieu demande un regard différent, les Cèdres du Liban, par leur lent épanouissement, exposent un rouge profond, sombre, qui se démarque de ce monde rendu multicolore par les lunettes de Jack Seikaly. Sa relation particulière avec la forêt, qui lui rappelle son foyer, le lui rend bien.

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