Le patriarche Filaret. Photo AFP / Sergei SUPINSKY
A peine six mois après sa création, la nouvelle Eglise orthodoxe ukrainienne, indépendante de la tutelle religieuse de Moscou, s'est retrouvée mardi en proie à des tensions entre son dirigeant et un influent responsable, soulevant le risque d'un nouveau schisme.
Lors d'une rare conférence de presse à Kiev, le patriarche Filaret, 90 ans, a accusé son ancien secrétaire, le métropolite Iepifani, 40 ans, élu primat de cette Eglise l'an dernier, de l'évincer du pouvoir.
"Monseigneur Iepifani évite de communiquer avec moi", a déclaré Filaret, largement reconnu pour son rôle dans la longue lutte pour la création de cette entité. "Si je savais que cela allait se passer ainsi, je n'aurais pas proposé sa candidature" à la tête de la nouvelle Eglise, a-t-il poursuivi. "Il y a eu un accord pour que je continue de gérer l'Eglise sur le territoire ukrainien conjointement avec Iepifani et que ce dernier représente l'Eglise à l'extérieur", a affirmé Mgr Filaret.
Selon lui, une promesse en ce sens avait été donnée par Mgr Iepifani et par le président sortant Petro Porochenko, qui a contribué personnellement à la création de la nouvelle Eglise. "Mais ils m'ont trompé!", a lancé Filaret.
Ces déclarations ont suscité l'inquiétude en Ukraine, certains craignant un nouveau schisme entre orthodoxes, majoritaires dans cette ex-république soviétique.
"Nous devons donner un signal clair de soutien à la (nouvelle) Eglise orthodoxe d'Ukraine et son primat Iepifani", a déclaré mardi le groupe parlementaire du parti pro-occidental Narodny Front dans un communiqué. "Nous devons dire résolument +non+ à toutes tentatives de déstabiliser l'Eglise orthodoxe".
Sur fond d'une crise sans précédent avec la Russie depuis 2014, l'Ukraine s'est dotée en décembre d'une Eglise orthodoxe indépendante, décision historique qui a mis fin à plus de 300 ans de tutelle religieuse russe et provoqué la colère de Moscou.
Un concile réuni dans la capitale ukrainienne a ensuite acté la naissance de cette formation ayant réuni le Patriarcat de Kiev, autoproclamé en 1992 par Mgr Filaret qui l'a dirigé depuis, et la minuscule Eglise dite autocéphale. Mgr Filaret avait alors accepté de ne pas présenter sa candidature au poste de primat et soutenu celle de Mgr Iepifani.
Début janvier, le Patriarcat de Constantinople, qui fait figure d'autorité dans le monde orthodoxe, a remis au métropolite Iepifani le décret officialisant la création de la nouvelle Eglise.
La Patriarcat de Moscou, qui dispose toujours d'un grand nombre de paroisses en Ukraine, a dénoncé cette décision comme "illégale" et rompu ses liens avec Constantinople.


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