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Russie : le financier américain Calvey libéré de détention préventive


L'Américain Michael Calvey, directeur du fonds d'investissement Baring Vostok, quittant le tribunal de Moscou après une audience, le 11 avril 2019. Photo REUTERS/Maxim Shemetov

C'est un signe d'apaisement dans une affaire qui donne des sueurs froides aux milieux économiques en Russie : après deux mois de détention préventive, la justice a libéré l'Américain Michael Calvey, le directeur du fonds d'investissement Baring Vostok, pour l'assigner à résidence.

Si les investisseurs présents en Russie sont rompus aux rebondissements judiciaires, politiques et diplomatiques rejaillissant sur la vie économique, ils avaient été ébranlés par le placement derrière le barreau d'un vétéran de ce marché souvent houleux, dont il est resté un défenseur infatigable ces dernières années malgré les sanctions occidentales.

Comme l'avaient demandé mercredi les enquêteurs dans un revirement inattendu, le tribunal Basmanny de Moscou a conclu qu'"il y a des raisons de modifier la mesure préventive" de détention de Michael Calvey. La juge Ioulia Safina a aussitôt ordonné sa libération et il devra porter un bracelet électronique.

S'adressant au tribunal en russe à partir d'une cage de verre, l'homme d'affaires a promis de respecter les conditions de son assignation à domicile : "Fuir la Russie reviendrait à admettre ma culpabilité."

"La question de mon innocence est une question d'honneur, dont dépend la réputation que j'ai bâtie toute ma vie", a insisté M. Calvey.

L'Américain, qui mène ses activités en Russie depuis plus de 20 ans pour le fonds Baring Vostok, avait été arrêté le 15 février puis placé en détention préventive dans l'attente d'un éventuel procès pour fraude impliquant cinq autres personnes, dont le Français Philippe Delpal.

Ils sont soupçonnés d'être à l'origine d'une fraude d'au moins 2,5 milliards de roubles (environ 33 millions d'euros), mais l'Américain clame que cette affaire n'est que le résultat d'une dispute commerciale entre deux actionnaires.

Ce revirement est d'autant plus inattendu que la détention préventive de Philippe Delpal avait été prolongée mardi jusqu'au 14 juillet. C'est le cas également de quatre autres suspects russes, tandis qu'un collègue de M. Calvey, Alexeï Korditchev, a lui aussi été libéré.

"En dépit de ce conflit commercial qui a entraîné des poursuites pénales, je voudrais souligner ce que j'ai toujours dit : je crois toujours au potentiel en matière) d'investissement de la Russie", a affirmé Michael Calvey au tribunal.


Investissements en berne 

L'affaire vise un fond à l'origine de milliards de dollars d'investissements dans ce pays depuis que l'économie de marché y a été réintroduite. En toile de fond il y a donc la crainte qu'elle n'entame davantage le climat des affaires en Russie, déjà morose pour les investisseurs étrangers dans le contexte de l'accumulation des sanctions occidentales depuis 2014.

Selon la banque centrale, en 2018, les investissements directs en Russie, d'un montant de 5,9 milliards de dollars, ont atteint leur plus bas niveau depuis 2002.

Le ministre de l'Economie Maxime Orechkine s'est empressé de qualifier l'assignation à résidence de Michael Calvey de "bon signe pour le climat des affaires", ajoutant que "les affaires économiques devraient (...) moins souvent devenir criminelles".

"J'espère que le règlement de conflits commerciaux devant un tribunal pénal deviendra une chose du passé en Russie", a déclaré le très influent patron du fonds souverain russe Kirill Dmitriev, assurant vouloir faire de nouveaux investissements avec Baring Vostok.

Une source proche de Baring Vostok a fait état d'une certaine "inquiétude dans le monde des affaires" : "Des investisseurs annulent leurs déplacements".

Le business, un "monstre froid" 

Tout en s'interrogeant sur l'avenir de Baring Vostok, une source haut placée dans les milieux d'affaires européens tempère ces craintes : "Pour l'instant, il n'y a pas d'effets concrets (...) le business est un monstre froid, les grands groupes prennent des décisions en fonction de leurs intérêts", assure cette source. "Ce n'est pas cette affaire qui va les arrêter", leur seul souci étant de savoir "s'il y a un marché ou pas".

Prévu pour juin, le forum économique de Saint-Pétersbourg, le principal rendez-vous économique de la Russie, sera-t-il déserté, alors même que les Etats-Unis y disposaient en 2018 d'une des plus grandes délégations étrangères ?

"C'est un rendez-vous important et beaucoup de nos entreprises y seront", a affirmé à l'AFP Alexis Rodzianko, le président de la Chambre de commerce américaine en Russie. "Cela a un impact psychologique, mais nos entreprises so

C'est un signe d'apaisement dans une affaire qui donne des sueurs froides aux milieux économiques en Russie : après deux mois de détention préventive, la justice a libéré l'Américain Michael Calvey, le directeur du fonds d'investissement Baring Vostok, pour l'assigner à résidence. Si les investisseurs présents en Russie sont rompus aux rebondissements judiciaires, politiques et diplomatiques rejaillissant sur la vie économique, ils avaient été ébranlés par le placement derrière le barreau d'un vétéran de ce marché souvent houleux, dont il est resté un défenseur infatigable ces dernières années malgré les sanctions occidentales. Comme l'avaient demandé mercredi les enquêteurs dans un revirement inattendu, le tribunal Basmanny de Moscou a conclu qu'"il y a des raisons de modifier la mesure préventive"...