L'investisseur américain Michael Calvey, derrière les barreaux à Moscou, le 28 février 2019. Photo REUTERS/Tatyana Makeyeva
Un tribunal moscovite a rejeté mardi la demande de remise en liberté du fondateur américain d'un des principaux fonds d'investissement de Russie, inculpé de "fraude", faisant fi des vives protestations des milieux d'affaires russes.
"L'application d'une mesure de détention préventive à l'encontre de Michael Calvey reste inchangée", a annoncé un juge du tribunal moscovite à l'issue d'une audience publique. Cette mesure s'applique formellement jusqu'au 13 avril, délai légal habituellement prolongé jusqu'au procès en l'absence d'éléments nouveaux dans le dossier.
L'Américain, qui fait des affaires en Russie depuis plus de 20 ans, avait été arrêté le 15 février puis placé en détention préventive dans l'attente d'un éventuel procès pour fraude impliquant cinq autres personnes, dont son associé français.
"Je ne compte pas m'enfuir, je vais remplir toutes mes obligations", a déclaré jeudi en russe, en vidéoconférence depuis sa cellule, Michael Calvey, évoquant une "détention très dure". "Il s'agit purement d'une dispute commerciale entre deux actionnaires et de telles disputes devraient être réglée devant un tribunal administratif ou une cour d'arbitrage. Pas devant la justice pénale", a-t-il ajouté. Ses propos étaient télédiffusés à l'audience.
Les suspects, parmi lesquels quatre membres de Baring Vostok fondé par Michael Calvey en 1994, sont soupçonnés d'être à l'origine d'une fraude d'au moins 2,5 milliards de roubles (environ 33 millions d'euros).
Baring Vostok a annoncé dans un communiqué qu'il allait faire appel "devant les plus hautes instances judiciaires".
Cette affaire est la dernière en date d'une longue liste de poursuites visant des dirigeants d'entreprises en Russie, souvent soupçonnées d'être motivées par des règlements de comptes commerciaux, voire politiques, mais concernant rarement des étrangers. Elle a provoqué de vives réactions dans les milieux économiques où Baring Vostok est très respecté, faisant craindre un coup porté au climat des affaires en Russie, déjà miné, selon de nombreux experts, par la corruption et le manque d'indépendance de la justice.
"C'est la première fois que quelqu'un de si haut placé et avec une si bonne réputation est arrêté", a déclaré jeudi devant le tribunal Alexandre Khouroudji, dirigeant d'une association de défense des droits des entreprises.


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