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Culture

Trois archets pour les « opéras » du violon de Paganini...

Rencontre

Ce soir au Festival al-Bustan, les vents de l’Italie poussent les partitions du côté du génial compositeur. Avec trois maîtres différents, de trois nationalités et appartenant à deux générations. Un moment musical qui promet d’être exceptionnel.

23/02/2019

Paganini, à la fois ange et démon du violon et le plus célèbre virtuose des archets, est a l’honneur ce samedi soir au Festival al-Bustan.

À l’affiche, Gabriele Pieranunzi, Serguei Krylov et Yury Revich, trois musiciens de différents horizons apportant chacun des saveurs particulières dans son interprétation mais un même talent, une même fougue et une même dévotion pour le magnétisme de Niccoló, « Michael Jackson de son époque », selon les termes de l’un des trois interprètes…Ils sont là les trois musiciens, dans le hall de l’hôtel al-Bustan, assis devant cette grande baie vitrée qui donne sur la mer bleue et le flanc d’une montagne aux maisons en terrasses superposées. Ce soir, ils vont interpréter trois concertos (nos 2,5,4) du génial compositeur pour violon en donnant, en solistes, la réplique à l’Orchestre académique du Festival al-Bustan dirigé par maestro Gianluca Marcianó.

Gabriele Pieranunzi, originaire de Rome, 49 ans, est pris dans les filets et les sortilèges du violon depuis l’âge de six ans. C’est ainsi qu’il présente sa présence sur scène : « C’est la première fois que je débarque au Liban. Fascinant pays, superbe cette colline, cet hôtel, ce jardin… Je joue le Concerto n° 2 de Paganini, le plus chantant, le plus “cantabile”, une grande similitude avec les mélodies de Rossini. Avec ces sons de clochette, La Campanella, qui a inspiré Liszt pour une transcription libre au clavier. C’est comme un opéra. Surtout avec le premier mouvement. Ma référence pour le jeu est Salvatore Accardo. Pour ma part, dans mon interprétation, j’essaye surtout l’aspect bel canto. D’ailleurs Rossini avait dit un jour : « Si Paganini écrivait de l’opéra, il serait le meilleur! » C’est en jouant ce concerto que Pieranunzi a obtenu un prix à l’age de 20 ans. « Et puis, j’ai joué dans les villes dont le nom commencent par “b” : Bucarest, Birmingham et maintenant Beyrouth », et de sourire pour cette précision, toujours heureux d’interpréter cette œuvre.


Du Jackson cantabile

Serguei Krylov, russe et moscovite, cheveux noirs en bataille, a 48 ans (mais il déclare 102 ans en riant comme Gargantua, tout en affirmant qu’il ne faut jamais demander son âge à un artiste !). Farfelu et gesticulant à l’italienne, il a les propos vifs et s’exprime en un anglais fluide. Exubérant, il déclare : « Le festival al-Bustan est une île de musique classique, une zone de culture et de beauté, une perle rare… » Et d’enchaîner : « Tous les concertos de Paganini, personnage iconique et emblématique de la musique, sont difficiles, pour tous, aussi bien pour les violonistes, l’orchestre que le maestro qui dirige. C’est l’esprit italien par excellence. Je joue le Concerto no 4 dont le deuxième mouvement est très beau, mélodique, cantabile. C’est de l’opéra pour un violon. C’est comme un soprane qui chante une aria. Avec en plus des passages d’une virtuosité étourdissante. C’est comme du Michael Jackson de son époque. Écrit pour son fils Achille, cet opus est d’une grande difficulté technique. Pour cela, il faut étudier, étudier et travailler. Je joue ici en termes italiens : cette musique parle italien, c’est la bella italia… », conclut le musicien en souhaitant au festival de perdurer et « continuer d’inventer de nouveaux projets et de promouvoir la musique au Liban. »


Un perfectionniste

La mèche blonde rebelle, la silhouette gracile, la voix douce, la longue pose pour la photo car le violoniste est perfectionniste pour son image, Yury Revich, russe mais également de nationalité autrichienne, aborde, du haut de ses vingt-sept ans, le Concerto n° 5 pour la première fois. « C’est la deuxième fois que je viens au Liban et j’aimerais y revenir encore pour mieux découvrir ce beau pays. » En entrant en lice de ces trois partitions qui vont être exécutées sur scène, il est conscient du mélange de l’art de l’acrobatie et de l’opéra. « C’est comme dans un cirque où on montre les extrêmes des forces et des potentialités », dit-il. « Des passages à la fois lyriques et mélodiques comme dans un opéra acrobatique pour violon. » Revich ajoute : « Comme c’est la première fois que je traverse et vis cette partition j’en explore tous les coins et recoins. Pas seulement dans ses aspects de musicalité. Ici, même dans les passages les plus acrobatiques, j’essaye de donner voix aux phrases et à la musique. J’applique mon propre filtre pour avoir davantage de mélodie. Cela paraît facile mais en fait ce ne l’est pas ! C’est comme quand on regarde les patineurs : derrière l’effet lisse et glissant, il y a des heures de travail. Et avec l’orchestre, tantôt rapide, tantôt lent, il faut suivre et emboîter le pas, en toute précision, pour une bonne communication. »

Le violoniste russe conclut : « C’est une folle idée de mêler les concertos de Paganini en deux concerts successifs. Je hais les compétitions. Et je ne prends pas part! Mais ici, tout le monde est gagnant. »

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