Le prince des Yazidis, la communauté la plus persécutée par les jihadistes en Irak, est mort à 85 ans dans un hôpital allemand, ont indiqué lundi des responsables en Irak.
"C'est avec une grande tristesse que nous annonçons la mort du prince Tahsin Saïd Ali des suites d'une longue maladie", indique un communiqué de Kheiri Bozani, en charge des affaires yazidies au sein du gouvernement kurde irakien.
Succédant à son père en 1944, le prince Tahsin était devenu à l'âge de 11 ans le chef religieux des Yazidis, qui vivent majoritairement en Irak dans les zones reculées des montagnes du nord.
Il s'était installé en Allemagne, qui abrite la deuxième plus importante communauté yazidie au monde, après l'Irak, où se trouve le centre spirituel de la minorité, le temple de Lalish, au nord de Mossoul.
Il devrait "être enterré lors d'obsèques officielles dans les jours à venir en Irak", a indiqué à l'AFP Vian Dakhil, députée irakienne, elle-même Yazidie, alors que les messages de condoléances de responsables au Kurdistan et à Bagdad se multipliaient.
Avant son décès, le prince Tahsin avait désigné son fils Hazem, qui vit au Kurdistan irakien, pour lui succéder.
Les Yazidis sont kurdophones et adeptes d'une religion ésotérique monothéiste dépourvue de livre sacré et organisée en castes. Ils vénèrent sept anges dont le principal est Melek Taous ("l'Ange-Paon"), ce qui leur a valu depuis des siècles d'être persécutés par les extrémistes, qui les considèrent comme "satanistes".
En août 2014, lorsque le groupe Etat islamiste (EI) s'est emparé d'un tiers de l'Irak, notamment du foyer historique des Yazidis sur les monts Sinjar, les jihadistes ont tué des hommes, transformé en enfants-soldats les plus jeunes et condamné des milliers de femmes aux travaux forcés et à l'esclavagisme sexuel. Ceci s'apparente, selon des experts de l'ONU, à un "génocide potentiel".
Selon le ministère des Affaires religieuses de la région autonome du Kurdistan irakien, plus de 6.400 Yazidis ont été enlevés et seuls 3.200 sont parvenus à s'échapper ou ont été secourus. Le sort des autres est toujours inconnu.
Sur les 550.000 Yazidis en Irak avant la percée jihadiste, près de 100.000 ont quitté le pays et d'autres ont fui au Kurdistan.
Aujourd'hui, leur principale porte-parole est Nadia Murad, prix Nobel de la paix, ancienne esclave sexuelle de l'EI qui combat désormais aux côtés de l'avocate et militante des droits humains libano-britannique Amal Clooney pour que les crimes jihadistes soient jugés.

