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Maroc: Amnesty et HRW dénoncent la dissolution d'une association culturelle

AFP
18/01/2019

Les organisations de défense des droits humains Amnesty international et Human Rights Watch (HRW) ont appelé vendredi les autorités marocaines à "renoncer immédiatement" à dissoudre une association culturelle qui avait hébergé l'enregistrement vidéo d'un débat critique du pouvoir.

L'association Racines, qui défend dans plusieurs pays d'Afrique l'intégration de la culture dans les politiques publiques, avait accueilli en août dernier dans ses locaux à Casablanca (ouest) le tournage d'une émission diffusée sur YouTube, intitulée "1 dîner 2 cons".

Au cours de ce talk-show, des journalistes, artistes et intellectuels avaient décortiqué sans concession un discours du roi du Maroc Mohammed VI et critiqué des politiques menées par l'Etat.

Fin décembre 2018, le tribunal de première instance de Casablanca a ordonné la dissolution de l'association accusée d'avoir "organisé une activité incluant des interviews parsemées d'outrages évidents aux institutions" et à la "religion musulmane", selon les arrêtés du jugement consultés par l'AFP.

"Le talk-show +1 Dîner 2 cons+ est l'un des très rares espaces où l'expression libre et non censurée est encore possible au Maroc", a réagi la directrice régionale de HRW, Sarah Leah Whitson, dans un communiqué conjoint publié avec Amnesty International.

"En cherchant à dissoudre l'organisation qui l'a hébergé, les autorités envoient un message glaçant aux journalistes et commentateurs critiques qui se font de plus en plus rares au Maroc; et ce message est: +Taisez-vous!+", a-t-elle ajouté.

"Personne ne devrait être puni pour avoir exprimé ses opinions pacifiquement ou critiqué les institutions", a commenté la directrice régionale d'Amnesty Heba Morayef.

Les ONG soulignent aussi que Racines n'a "ni organisé ni publié" l'émission. Ce sont les créateurs du talk-show qui l'ont postée sur YouTube. L'épisode enregistré dans les locaux de l'association a réuni près de 500.000 vues sur cette plateforme.

Le ton particulièrement osé des débats et la présence de bouteilles d'alcool sur une table avaient donné lieu à des d'articles incendiaires dans la presse marocaine.

"Les autorités veulent punir et donner l'exemple pour ceux qui oseraient trop de liberté d'expression", a déclaré à l'AFP Aadel Saadani, membre-fondateur de Racine.

L'association a décidé de faire appel de la décision judiciaire de dissolution, a-t-elle annoncé il y a quelques jours.

Depuis 2011, la nouvelle Constitution marocaine garantit "les libertés de pensée, d'opinion et d'expression sous toutes ses formes", souligne l'association dans un communiqué.

La décision de dissolution "laisse augurer des lendemains incertains pour les associations marocaines, suivant davantage une voie sécuritaire et liberticide, au détriment des valeurs universelles de libertés fondamentales", s'inquiète-t-elle.

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