La plus haute juridiction du Guatemala a suspendu mercredi la décision unilatérale du président Jimmy Morales de mettre fin au mandat d'une mission anticorruption de l'ONU qui s'intéresse de près aux comptes de sa campagne électorale de 2015.
La Cour constitutionnelle (CC) a ainsi fait suite au dépôt de plusieurs recours contre la décision prise par le chef de l'Etat, annoncée lundi, de se débarrasser de la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala (CICIG), rattachée à l'ONU.
En acceptant d'examiner ces recours, la Cour "suspend la décision des autorités de l'État du Guatemala de mettre fin de façon anticipée et unilatérale à l'Accord entre l'Organisation des Nations unies et le gouvernement du Guatemala" concernant la Cicig, a décidé la juridiction, citée par la presse.
Le gouvernement guatémaltèque a mis fin lundi de manière unilatérale à la mission anticorruption, soulevant une vague de critiques internationales et de protestations au Guatemala. La fin de la mission était initialement prévue pour le 3 septembre 2019, après la prochaine élection présidentielle.
Dans sa décision, la Cour constitutionnelle exhorte les autorités à faire en sorte que tout soit fait pour faciliter le travail de la mission onusienne. Les fonctionnaires ont cependant commencé dès mardi à plier bagage.
Parmi les institutions ayant déposé un recours figurent le Défenseur des droits et Accion Ciudadana, l'antenne locale de l'ONG Transparency International.
Si le gouvernement a annoncé "analyser" la décision de la Cour constitutionnelle avant de réagir officiellement, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant le siège de la Cour constitutionnelle pour manifester leur soutien à ses quatre hauts magistrats.
Les responsables de communautés indigènes et d'organisations paysannes et d'étudiants ont lancé un appel à une manifestation nationale pour lundi prochain contre "les actions illégales et illégitimes, la violation de l'Etat de droit et de la Constitution" par le gouvernement.
Les tensions entre le président Morales et la mission onusienne remontent à 2016 lorsque son frère et son fils ont été accusés de fraude fiscale et de blanchiment d'argent.
Elles sont montées d'un cran à l'été 2017 quand la CICIG et le bureau du procureur ont demandé la levée de l'immunité présidentielle pour enquêter sur les soupçons de financement électoral illicite pendant la campagne de 2015.
Le 18 décembre, le Guatemala a retiré l'immunité à 11 des enquêteurs de la mission et ordonné leur expulsion. Ils ont quitté le Guatemala, officiellement pour des vacances. L'un d'eux s'est présenté le 5 janvier à la frontière. Il est resté bloqué à l'aéroport jusqu'à ce que la Cour constitutionnelle décide le lendemain de l'autoriser à entrer.


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