Le cardinal français Philippe Barbarin. REUTERS/Emmanuel Foudrot
"Vous êtes un menteur", a lancé mercredi un avocat des parties civiles au cardinal français Philippe Barbarin, jugé devant le tribunal correctionnel de Lyon (centre-est) pour ne pas avoir dénoncé les agressions d'un prêtre pédophile.
"Je dis, cardinal Barbarin, que vous êtes un menteur quand vous dites que vous avez appris en 2014 l'étendue des dégâts", a affirmé Me Jean Boudot. "Une chose est certaine, c'est qu'en 2010, il (le cardinal, ndlr) savait parfaitement".
L'archevêque de Lyon soutient avoir eu précisément connaissance des abus commis par le père Bernard Preynat sur des scouts du diocèse avant 1991 en rencontrant pour la première fois l'une de ses victimes en novembre 2014.
Auparavant, dans les années 2000, il n'aurait eu vent que de "rumeurs". En 2010 pourtant, Mgr Barbarin avait rencontré le prêtre. Sans en savoir assez pour le dénoncer à la justice, selon ses dires.
Me Boudot est convaincu du contraire. Il en veut pour preuve les déclarations du père Preynat à la police. Il y parle de son entretien d'une "petite heure" avec le cardinal pendant laquelle il a répondu "aux questions" de Mgr Barbarin. De quoi tout savoir sur son passé sexuel, estiment les parties civiles.
Pour le parquet, ces faits sont de toute façon prescrits. Et à partir de 2014, le procureur a écarté toute volonté d'entraver la justice chez le cardinal: la victime rencontrée alors, dans la quarantaine, pouvait elle-même porter plainte - ce qu'elle fit au final.
Me Boudot conteste cette analyse, reprise par la défense: "l'obligation de dénoncer existe quand on a connaissance d'agressions sexuelles sur un mineur de moins de 15 ans, point. Où avez-vous vu qu'on n'a plus à dénoncer quand un mineur est devenu majeur ?".
L'avocat a fait aussi valoir les condamnations de deux évêques, en 2001 et 2018, dans des dossiers similaires: selon lui, les tribunaux ont alors répondu par avance aux arguments de la défense sur l'absence d'infraction.
Mardi, un avocat de Mgr Barbarin, Me Jean-Félix Luciani, avait reproché à des plaignants de ne pas poursuivre également leurs parents ou proches auxquels ils avaient pu se confier dans le passé.
Me Boudot a enfin plaidé la "continuité" du délit - envisagé par le parquet comme "instantané" - pour écarter toute notion de prescription.
L'article du Code pénal relatif à la non-dénonciation est classé dans les entraves à la justice: "si l'objectif est sa saisine, l'obligation de dénoncer demeure tant qu'elle n'est pas saisie", a-t-il conclu.

