Quarante ans après l'attentat de la rue Copernic à Paris, la justice doit dire vendredi si elle confirme ou non le non-lieu prononcé en janvier en faveur du Libano-Canadien Hassan Diab, unique suspect de cette attaque à la bombe qui avait fait quatre morts devant une synagogue.
La décision, dont dépend la tenue d'un éventuel procès, devait être rendue en juillet, mais la cour d'appel de Paris avait été contrainte de réexaminer le dossier après la transmission surprise par la Grèce de nouveaux éléments. Ceux-ci se sont révélés "sans intérêt", selon des sources proches du dossier.
Cet attentat, perpétré en plein Paris le 3 octobre 1980, avait été le premier à avoir frappé mortellement la communauté juive en France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Jamais revendiquée, l'attaque avait été rapidement attribuée par les enquêteurs au Front populaire de libération de la Palestine-Opérations spéciales (FPLP-OS), groupe né d'une scission du FPLP. Les renseignements français avaient fini par identifier Hassan Diab en 1999. Il a toujours contesté toute implication.
Près de 20 ans plus tard, au terme d'un bras de fer entre le parquet et les juges d'instruction, ces derniers ont rendu le 12 janvier une ordonnance de non-lieu, estimant que les charges n'étaient "pas suffisamment probantes" à l'encontre de ce Libano-Canadien de 64 ans, ancien professeur de sociologie à l'université d'Ottawa.
"Un certain nombre d'éléments (..) permettent d'estimer qu'Hassan Diab se trouvait vraisemblablement au Liban pendant cette période" et ne pouvait donc ni avoir confectionné ni posé l'engin explosif, caché sur une moto, relevaient notamment les magistrats.
Le parquet de Paris, qui avait requis son renvoi aux assises, avait fait appel, estimant que les "éléments à charge et à décharge" devaient être débattus lors d'un procès.
Mais l'appel n'étant pas suspensif, Hassan Diab avait été remis en liberté après avoir passé plus de trois ans en détention provisoire depuis son extradition du Canada en novembre 2014. Il est depuis reparti dans ce pays, où une enquête indépendante a été ouverte en mai pour examiner les conditions, contestées, de son extradition.
Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Francis Kalifat, a jugé à l'époque que "cette libération sans procès du principal suspect est une injure à la mémoire des victimes et une douleur supplémentaire pour leurs familles".
"Absence d'empreintes digitales"
"Soit la cour d'appel répare une erreur judiciaire, soit la vérité historique de cet attentat ne rencontrera jamais de vérité judiciaire", estime David-Olivier Kaminski, avocat de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme). "Si la cour décide de le renvoyer aux assises, nous espérons qu'il sera présent, lui qui s'est engagé à respecter son contrôle judiciaire", ajoute-t-il.
Pour tenter d'obtenir un procès, le parquet général a mis en avant lors des audiences plusieurs notes des services de renseignement, des expertises graphologiques et la ressemblance du suspect avec des portraits-robots réalisés à l'époque.
Un avocat d'une des victimes, Eric Morain, a aussi rappelé la découverte en 1981 à Rome d'un passeport au nom de Diab, avec des tampons d'entrée et de sortie d'Espagne, pays d'où serait parti le commando.
Hassan Diab, lui, a toujours assuré qu'il était à Beyrouth au moment des faits pour passer ses examens à la faculté.
"Les documents de l'université libanaise" et "les témoignages de son ex-épouse et de plusieurs étudiants" ont corroboré sa version, avait souligné son avocat William Bourdon. Il avait dénoncé "un travestissement insensé du dossier" par les parties civiles et le ministère public et avait mis en garde contre "tout fanatisme judiciaire".
La défense de M. Diab a aussi relevé que les notes des services de renseignement accusant le Libano-Canadien "fourmillent d'inexactitudes", ce qu'avaient noté les juges d'instruction.
Autre élément à décharge, selon Me Bourdon, "l'absence d'empreintes digitales" d'Hassan Diab parmi toutes celles retrouvées sur plusieurs pièces manipulées par le ou les auteurs.

