Le mouvement populiste ANO du Premier ministre tchèque Andrej Babis, première force politique du pays, a remporté les élections municipales dans la quasi-majorité des chefs-lieux des régions, essuyant cependant un échec cuisant dans la capitale Prague, malgré une campagne onéreuse.
ANO s'est imposé dans toutes les métropoles régionales sauf Liberec, cinquième ville du pays, à l'issue du scrutin de vendredi et samedi considéré comme un premier test depuis la nomination de son cabinet minoritaire en juin, selon les résultats officiels communiqués dimanche.
La République tchèque compte 13 régions auxquelles s'ajoute aussi la capitale Prague, bénéficiant du statut de ville-région. Lors des municipales de 2014, ANO s'était imposé dans neuf des 13 chefs-lieu des régions ainsi que dans la capitale.
A Prague, bastion traditionnel de la droite, le mouvement centriste de M. Babis, richissime homme d'affaires qui mise sur une rhétorique anti-migration et anti-corruption, n'a obtenu fois-ci que la cinquième place.
ANO y a été dépassé par le parti de droite ODS, le Parti Pirate (anti-système) ainsi que par l'initiative "Prague à elle même" et la coalition de centre-droit "Forces unies pour Prague".
M. Babis accordait une attention toute particulière au scrutin à Prague où la maire Adriana Krnacova, membre de son mouvement ANO, ne se portait plus candidate cette année.
L'action de cette dernière depuis 2014 à la tête d'une coalition disparate s'est heurtée à une critique sévère de ses concurrents, qui épinglaient en particulier des problèmes de transports et d'offre de logements abordables.
"Je dois gagner à Prague. Prague revêt une importance clé. Nous avons tout subordonné à Prague", avait affirmé M. Babis avant le scrutin.
ANO a dépensé selon la presse quelque 150 millions de couronnes (5,8 millions d'euros) pour la campagne, somme représentant plusieurs fois les fonds déboursés par d'autres grands partis politiques.
Le budget de la municipalité de Prague qui est la septième région la plus riche de l'UE selon Eurostat, se chiffre à environ 70 milliards de couronnes (2,7 milliards d'euros), plus important que celui de certains ministères.
Dans sa première réaction après le scrutin municipal, M. Babis s'est félicité de ce qui était selon lui un "grand succès de notre mouvement".
Il a assuré qu'un résultat médiocre du parti social-démocrate CSSD qui n'aura plus ses représentants dans les conseils municipaux à Prague et dans sept métropoles régionales, n'affecterait pas la coopération avec cette formation au sein de la coalition gouvernementale.
"Je ne prévois aucun changement au gouvernement", a-t-il déclaré devant la presse, samedi soir.
ANO et CSSD ne bénéficient ensemble que de 93 des 200 sièges au sein de la chambre basse du Parlement, et n'ont pu former la coalition gouvernementale que grâce au soutien des communistes KSCM.
Les détracteurs de M. Babis lui reprochent notamment son inculpation pour fraude présumée aux subventions européennes en 2007-2008, ainsi que son appartenance passée au parti communiste et sa collaboration présumée - qu'il nie - avec la police secrète StB avant 1989.
A l'issue du premier tour des élections sénatoriales partielles, organisé en parallèle pour renouveler un tiers des sièges à la chambre haute (27 sur 81), l'ODS aura 11 candidats au second tour (les 12-13 octobre), devant ANO (10 candidats) et CSSD (5).

