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Vous dansiez ? Eh bien, chantez maintenant...

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Retour sur les comédies musicales des années d’or de Broadway, jusqu’à « Mamma Mia 2 », un prétexte assumé, encore plus que dans le premier opus, pour enchaîner les tubes d’ABBA.

Danny MALLAT | OLJ
09/08/2018

Si dans les comédies musicales américaines, les danses et chansons servaient à mettre en valeur le déroulement de l’histoire, c’est l’inverse dans Mamma Mia, et surtout dans le deuxième opus, actuellement sur les écrans. Au milieu des danseuses de revue, des clowns et des acrobates, c’est sur scène à Broadway, en plein cœur de Manhattan, que la comédie musicale prend son envol dès la fin du XIXe siècle, réalise un véritable essor et offre à voir de véritables shows flamboyants. Avec Lloyd Bacon, en 1933, les numéros de danse deviennent des tableaux à part entière. Le cadrage, la composition, l’échelle des plans, les prises de vue en plongée donnent naissance à des images semblables à des œuvres artistiques. Ainsi une vingtaine de danseuses-pétales forment une énorme rosace de leurs jambes et bras, tout cela au son de la musique.

Les années folles
Parallèlement, un autre phénomène de la comédie musicale hollywoodienne se met en place : le duo Ginger Rogers et Fred Astaire. Ils tiendront longtemps le haut de l’affiche et formeront alors un duo mythique. On s’éloigne des chorégraphies millimétrées au détail près, on rajoute un décor très travaillé et le récit est axé principalement autour d’une intrigue amoureuse. « Ginger et Fred », comme on les appelait, réaliseront une dizaine de films ensemble et deviendront la figure emblématique du genre dans les années 30. La Fox de son côté mise tout sur la jeune Shirley Temple et ne changera pas d’égérie avant la fin de la guerre. Tandis que Arthur Freed choisit comme première production l’adaptation du Magicien d’Oz avec dans le rôle de Dorothy la petite protégée du studio, l’étoile montante Judy Garland. Le succès phénoménal du film propulse la demoiselle et son nouveau mentor sur le devant de la scène, faisant d’eux les nouveaux maîtres du genre.
Dans les années 50, Chantons sous la pluie, film réalisé par Gene Kelly et Stanley Donen, pose un regard tout particulier sur le métier d’acteur empruntant des plans et chansons à des classiques du passé. Ce film est évidemment célèbre pour ses numéros musicaux mythiques rentrés dans la légende. Par ailleurs Un Américain à Paris joue sur la notion d’art total qui habite le genre depuis ses débuts.
Dans les années 60, la comédie musicale hollywoodienne effectue un virage radical qui marquera progressivement la fin du genre. Les stars de la danse sont peu à peu mises de côté, laissant la place à des acteurs à voix, comme Julie Andrews ou des chanteurs confirmés comme Elvis Presley (sur grand écran dès 1956) ou Barbara Streisand (à partir de 1968). Les intrigues deviennent des fresques chorales mettant en avant les valeurs familiales. On retiendra notamment dans ce registre les deux films de gouvernante de Julie Andrews Mary Poppins (1964) et La Mélodie du bonheur (1965). Suivront de grandes fresques musicales comme West Side Story (1961) ou Sweet Charity, Cabaret qui imposera Liza Minelli sur le devant de la scène et rafle huit oscars ou encore La fièvre du samedi soir qui instaure jeans moulants et col pelle à tarte comme la mode à suivre. À partir des années 80 le genre passe aux oubliettes.

Et la trame dans tout cela ?
Mais s’il fallait établir un parallèle entre ce qui constituait essentiellement une comédie musicale à l’époque et celle d’aujourd’hui en général et particulièrement avec Mamma Mia, il serait essentiel, voire indispensable, de se pencher sur la trame. Au départ une histoire basée sur un duo amoureux ou le parcours d’une vie (My Fair Lady) qui interagit d’une façon très légère avec chants et danses. Ceux-là venaient se greffer au récit, l’étoffer et mettaient en valeur le déroulement de l’histoire, en faisant interagir la musique et le chant avec les mouvements.
Pour le premier opus de Mamma Mia sorti en 2008, il s’agissait plutôt de construire un scénario cohérent à partir du répertoire quasi complet des tubes d’ABBA. Un véritable défi. Et pourtant ! Les chansons sont introduites d’une telle façon qu’on aurait tendance à imaginer qu’elles ont été écrites pour cette comédie musicale, leur offrant ainsi une seconde vie. Le spectateur passe un moment délicieux en résistant difficilement à danser sur son siège et à entonner les chansons.
Pour la suite, on pouvait s’y attendre, l’histoire est encore plus bancale, voire inexistante que dans le premier film, puisqu’elle est de manière assumée un prétexte pour enchaîner les tubes d’ABBA. Les plus iconiques n’ayant été utilisés dans le premier film, il était un peu inévitable d’en réutiliser certains. La mise en scène sert merveilleusement le sujet, kitsch, extravagante et dynamique à volonté, elle en met plein la vue et justifie l’existence du film. Et c’est ainsi que les paroles des chansons dictent le scénario : la scène de When I Kissed The Teacher est drôlement efficace, les jeunes femmes embrassant leur professeur, de même que sur la pièce Fernando, lorsque Cher danse avec un Espagnol portant ce prénom. La subtilité n’est pas de mise, mais ça balance. Andante, Andante est un très beau passage musical, et My Love, My Life crée un bel (et inattendu) instant d’émotion. Du côté des acteurs, Lily James que l’on n’attendait pas dans ce registre est parfaite et on se trouve face à une jeune Donna encore plus solaire que les décors. Meryl Streep n’apparaît peut-être que dix minutes (et elle n’a pas besoin de plus pour tirer les larmes de toute l’assistance), les hommes sont toujours autant des figurants, mais réussissent à nous extraire un sourire.
Au final dans les comédies musicales, réalité et monde imaginaire se mêlent et se superposent. La transition entre ces deux mondes joue un rôle essentiel et ce sont des éléments cinématographiques qui produisent cette transition et procure un bien-être ridicule peut-être, mais définitivement bénéfique.

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