Les Etats-Unis refusent de lier la libération du pasteur américain détenu en Turquie à l'extradition du prédicateur Fetullah Gülen, accusé par la Turquie d'avoir fomenté le putsch manqué de 2016, deux points de tensions entre Ankara et Washington, a déclaré vendredi un haut responsable américain.
"L'un des aspects des tensions dans la relation (entre Ankara et Washington) a été lorsque des personnes, notamment dans le gouvernement (turc), ont dressé des liens directs" entre Fetullah Gülen et Andrew Brunson, a déclaré au cours d'une rencontre avec la presse à Ankara un haut responsable américain qui a requis l'anonymat.
"Nous ne pensons pas qu'il est approprié de lier ces affaires", a-t-il ajouté.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan avait déclaré en septembre dernier : "Ils nous disent: +Donnez-nous le pasteur+. Mais vous aussi, vous avez un religieux. Remettez-le nous et nous jugerons (le pasteur) et vous le rendrons".
"Ce sont des cas disparates, qui impliquent des systèmes légaux différents", a poursuivi le haut responsable américain. "Ce n'est pas aussi simple que de dire +prends un responsable religieux, donne un responsable religieux+".
Le procès du pasteur Andrew Brunson, qui gérait une église protestante à Izmir (Ouest) et qui est détenu depuis octobre 2016, a contribué à tendre des rapports déjà houleux depuis plus de deux ans entre Ankara et Washington.
Les autorités turques accusent M. Brunson d'avoir agi pour le compte du réseau de Fethullah Gülen, mais aussi pour le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Ces deux organisations sont considérées comme terroristes par la Turquie.
Il est aussi accusé d'espionnage à des fins politiques ou militaires. Le pasteur dément catégoriquement toutes ces accusations.
Son maintien en détention à l'issue de la troisième audience de son procès mercredi avait provoqué une vive réaction du président américain Donald Trump, qui avait qualifié cette décision de "honte totale" sur Twitter.
"Cela fait trop longtemps qu'il est retenu en otage", avait-il tonné, appelant M. Erdogan à "faire quelque chose pour libérer ce merveilleux époux et père de famille chrétien".
Ankara insiste pour sa part pour obtenir l'extradition de M. Gülen, installé aux Etats-Unis depuis 1999 d'où il nie toute implication dans le putsch manqué, mais n'a pour l'instant pas vu sa volonté satisfaite.
Les autorités turques "ont présenté une large quantité d'informations à propos du putsch manqué et l'organisation guléniste", poursuit le haut responsable américain. "La question est +y a-t-il des preuves suffisamment claires de l'implication personnelle de Fethullah Gülen?+".

