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Le Parlement irakien ordonne un nouveau décompte des voix après les législatives

AFP
06/06/2018

Le Parlement irakien a ordonné mercredi un nouveau décompte des voix, manuel, et limogé la commission ayant supervisé les législatives, près d'un mois après ce scrutin remporté à la surprise générale par le turbulent chef chiite Moqtada Sadr.

Le 12 mai, moins de la moitié des 24 millions d'électeurs ont voté et porté en tête deux listes anti-systèmes. En premier, celle de Sadr dans une alliance inédite avec les communistes et en seconde, celle des anciens combattants du Hachd al-Chaabi, de retour de la guerre contre le groupe Etat islamique (EI).
Aussitôt, plusieurs barons de la politique irakienne, inamovibles depuis des années mais pas reconduits cette fois-ci, se sont lancés dans une campagne visant à annuler les résultats, obtenus selon eux par la fraude.
La plupart des soupçons portent sur le vote des expatriés et des déplacés dans les camps --soient un peu plus d'un million de voix. Des candidats dénoncent également l'utilisation de machines de vote électroniques --une première dans le pays. Le Parlement a précisé qu'aucune machine ne serait utilisée pour le nouveau dépouillement, uniquement manuel.
Ce nouveau décompte des près de 11 millions de bulletins de vote pourrait donc ne changer la donne qu'à la marge, assurent les experts. Il pourrait modifier les équilibres entre candidats au sein d'une même liste, sans toutefois changer de beaucoup le nombre de députés de chaque mouvement.

Tractations gouvernementales

Signe supplémentaire que ces changements pourraient n'être que marginaux: malgré les accusations de fraudes électorales de plus en plus nombreuses, les tractations gouvernementales déjà bien entamées se poursuivent toujours au même rythme pour former une majorité qui gouvernera pendant quatre ans l'Irak de l'après-EI.

Dès l'annonce des premiers résultats, les deux puissances agissantes en Irak, les Etats-Unis et l'Iran, avaient chacune envoyé d'importants émissaires pour tenter d'influer sur le futur cabinet.
Les possibilités d'alliance restent toutefois toujours ouvertes, face au Parlement le plus éclaté depuis les premières élections multipartites en 2005.

Mardi, le Conseil des ministres avait renvoyé aux instances compétentes le soin de recompter les voix et de forcer les responsables impliqués dans des fraudes de répondre de leur acte.
Au même moment, la Cour suprême renvoyait la balle dans le camp du Parlement. Mercredi, il a gelé les activités de la Haute commission électorale indépendante, et limogé ses neuf membres qui seront remplacés par des juges.
La présidence de la République a entériné la décision du Parlement au sujet du nouveau décompte, dont le calendrier --qui pourrait être long-- n'a pas été annoncé.
Cela pourrait mener à maintenir le gouvernement sortant "qui sera chargé d'expédier les affaires courantes", met en garde le politologue Essam al-Fili. Et cela va "générer des tensions politiques qui pourraient mener à d'autres conséquences", assure-t-il encore à l'AFP, dans un pays où de nombreuses forces politiques ont toujours des combattants affiliés.

La présidence a également décidé d'annuler les votes des expatriés et des déplacés, sans toutefois préciser ce que cela signifiait sur les résultats finaux.
Les expatriés et les déplacés votent pour des listes de leur province d'origine, soit quasiment la totalité des 18 gouvernorats du pays.
Un décompte à la main partiel et limité avait déjà eu lieu pour certains bureaux de vote de la province multi-ethnique et pétrolière de Kirkouk où la contestation des résultats a été la plus forte --et la plus explosive.
Là, Kurdes --majoritaires--, Arabes et Turkmènes se sont menacés du pire, forçant les autorités à imposer un couvre-feu nocturne le soir de l'annonce des résultats.

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