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Culture

« Je ne sais communiquer qu’avec mes pinceaux »

Exposition

À la galerie Cheriff Tabet*, rencontrer Antoine Vincent, c’est traverser un monde de légèreté, de grâce et de douceur. C’est plonger dans le silence des bleus et des ocres, et arpenter son univers en toute sérénité.

Danny MALLAT | OLJ
06/02/2018

Antoine Vincent, né en 1956 à Casablanca (Maroc), tâte le pinceau à l’âge de huit ans, mais ses débuts sont surtout nourris par le regard bienveillant de son grand-père Maurice Perrot, artiste peintre, qui l’emmenait planter un chevalet en bord de Seine. L’artiste, qui expose ses toiles à la galerie Cheriff Tabet (D Beyrouth) avoue avoir toujours été curieux de nature. Après une licence en droit et des études en musique au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, il décide de s’adonner à sa passion. « Quand on a une vocation, elle vous rattrape », dit-il. En 1990, il fait ses classes dans l’atelier d’art sacré de Philippe Lejeune, lui-même élève de Maurice Denis (place Fürstenberg, à Paris). À l’étage en dessous se trouvait celui de Delacroix qu’Antoine Vincent aime à citer. « Delacroix, dit-il, mettait une matinée à préparer sa palette de couleurs et ne commençait à peindre que dans l’après-midi. Moi, une fois mes couleurs prêtes, si l’inspiration a du mal à venir, je balaye mon atelier, je range mes toiles et je classe mes idées. »
 
Inviter au dialogue
Antoine Vincent n’est pas un bavard. Économe, sa peinture n’en est pas moins riche. Quand on le sollicite pour parler de son travail, tout en retenue, il avoue que c’est l’exercice le plus ardu : « Je ne sais communiquer qu’avec mes pinceaux », et pourtant, contempler ses œuvres, c’est inviter au dialogue, à l’imagination et au voyage. Dans les toiles d’Antoine Vincent, il fait bon de pénétrer, à un moment où le temps semble suspendu entre crépuscule et petit matin, où les formes aux lignes à peine esquissées vous plongent dans une atmosphère silencieuse et éthérée. Peintre de la tranquillité et de la présence suggérée, c’est au bras d’Antoine Vincent que l’on se promène dans les rues nimbées de lumières bienveillantes ou au bord des plages au coucher des tourments et lorsque l’heure est à la douceur. Alors on arpente son univers en camaïeux de couleurs qui s’estompent et respirent le bonheur de vivre. Sur une base bien construite, personnages, formes et paysages soulignent toute la beauté du monde, et le peintre réussit à capter l’émotion du regard et à suggérer la présence humaine avec tantôt une lectrice adossée au parvis de l’église, tantôt un clochard étrangement serein.
Loin des trépidations urbaines et des préoccupations du quotidien, ni souffrance ni misère ne transparaissent dans ses toiles qui transpirent la sérénité et une certaine félicité. La touche est libre quand les ocres se déclinent à l’infini et quand les bleus de la mer inondent votre regard. L’artiste réussit une sublime harmonie entre plein et vide, et parvient à entretenir le doute et le flottement de l’interprétation.

Citer Degas
« La peinture n’est autre que la peinture, elle n’exprime qu’elle-même », disait Manet. Antoine Vincent fait partie de ces artistes qui s’appliquent à faire valoir la peinture autrement que par l’usage convenu et exclusif de pigments colorés posés sur la toile. Son œuvre n’est pas en actualité avec le temps, il n’y a pas d’engagement ni de message, elle n’est pas là pour délivrer la mélancolie d’un monde effondré, et son style très personnel se teinte parfois d’un sentimentalisme qui donne naissance à des compositions d’une grande liberté de couleurs. « Quand on est un peintre, ce qui compte, c’est le tableau, la surface plane recouverte de couleurs, sans message et dans un certain ordre assemblé. Il faut que le panneau tienne le mur. » Et l’artiste d’ajouter : « Le seul message à distribuer, c’est la contemplation d’une œuvre d’art. » Cet artiste qui aime à citer Degas qui réussissait les paysages sans jamais avoir peint en extérieur, Corot qui plaçait toujours un seul personnage au centre de son œuvre ou Velasquez qui reste pour lui le premier des impressionnistes, s’apparente à ces monstres sacrés par son procédé perspectif, la grande force qui se dégage de sa matière, de ses pigments et la magnificence de ses couleurs. C’est cette force qui apporte à sa peinture doigté, légèreté et maîtrise, et l’on quitte son exposition comme apaisé.

*Galerie Cheriff Tabet
D Beirut, B 16 premier étage, rue Shell côté mer, Bourj Hammoud
Tél. : 01/253664. Jusqu’au 28 février.

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