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Culture - Édition

Une rentrée littéraire marquée par les histoires de familles

Photo AFP

L'Algérie et le passé colonial de la France, le racisme et les questions d'identité, la dégradation de l'environnement comptent parmi les autres thèmes dominants d'une rentrée littéraire plus foisonnante que l'an dernier (560 livres avaient été publiés), alors que le marché de l'édition déprime depuis le début de l'année.
À 31 ans, Alice Zeniter, déjà lauréate du prix du Livre Inter et du prix Renaudot des lycéens, confirme son talent de romancière avec L'art de perdre (Flammarion), un des romans les plus puissants de cette rentrée et qui résonne à lui seul de tous les thèmes qui la dominent. Le livre qui suit le destin d'une famille de harkis sur trois générations est écrit du point de vue de Naïma, jeune Française d'aujourd'hui qui ignore tout ou presque du pays d'origine de son père et de ses grands-parents. Faisant fi de tous les préjugés colportés sur les harkis, Alice Zeniter choisit de nous raconter cette histoire à la seule hauteur d'êtres humains tragiquement ballottés par l'histoire. Cela donne un récit saisissant dont le souffle ne s'épuise jamais.
Dans Le jour d'avant (Grasset), Sorj Chalandon raconte l'histoire poignante de deux frères avec, en toile de fond, la catastrophe minière de Liévin où périrent 42 mineurs en décembre 1974. Roman sur l'amour fraternel, sur la vengeance et la folie qu'elle engendre, ce livre ne peut laisser indifférent.
Grand livre sur la transmission, Souvenirs de la marée basse (Seuil) de Chantal Thomas est un formidable hommage à sa mère qui lui a donné le goût de nager et de la liberté.
Chacun de leur côté, Simon Liberati et sa compagne Eva Ionesco ont choisi, quant à eux, d'évoquer la figure de leur père respectif dans Les rameaux noirs (Stock) et Innocence (Grasset). Ces deux livres qui peuvent se lire en parallèle sont d'une beauté sombre.

Noir comme un Chabrol
Comment continuer à écrire quand sa femme est atteinte d'un cancer du sein ? Éric Reinhardt a été confronté à cette terrible question (quand il écrivait Cendrillon) et le raconte aujourd'hui dans La chambre des époux (Gallimard).
L'écrivain-voyageur Patrick Deville a choisi, quant à lui, de raconter de façon inédite l'histoire de sa famille à l'aune de l'histoire de France (et du monde) dans Taba-Taba (Seuil).
À sa manière unique de raconter des histoires, Philippe Jaenada n'oublie pas de donner des nouvelles de sa femme et de son fils dans La serpe (Julliard), mais ce n'est évidemment pas le sujet principal de ce roman qui dépasse les 600 pages. Après l'affaire Pauline Dubuisson (La petite femelle), Jaenada s'intéresse à un crime commis à coups de serpe en octobre 1941. On soupçonne le fils de famille, un certain Henri Girard, d'avoir massacré son père, sa tante et la bonne. Cet Henri Girard passera à la postérité sous le nom de plume de Georges Arnaud (l'auteur du Salaire de la peur). Mais était-il coupable ou innocent ? Jaenada va reprendre toute l'enquête à zéro et, comme d'habitude, c'est absolument passionnant. On rêverait tous d'avoir Jaenada comme avocat en cas de nécessité.
Impossible d'évoquer la rentrée littéraire sans parler du dernier opus d'Amélie Nothomb, Frappe-toi le cœur (Albin Michel), un roman sur l'amour et le désamour maternel, noir comme un film de Claude Chabrol.
Récit à deux voix, une ancienne déportée et un jeune de banlieue, La muette (Don Quichotte) d'Alexandre Lacroix est un grand petit livre sur le camp de concentration de Drancy et constitue une des bonnes surprises de la rentrée.
Enfin, il serait impardonnable de passer à côté de La fonte des glaces (P.O.L.) de Joël Baqué, roman aussi désopilant que sérieux sur le réchauffement climatique. Dans la vie, Joël Baqué est fonctionnaire de police. Ce troisième livre confirme que c'est aussi un merveilleux écrivain.
Alain JEAN-ROBERT/AFP

L'Algérie et le passé colonial de la France, le racisme et les questions d'identité, la dégradation de l'environnement comptent parmi les autres thèmes dominants d'une rentrée littéraire plus foisonnante que l'an dernier (560 livres avaient été publiés), alors que le marché de l'édition déprime depuis le début de l'année.À 31 ans, Alice Zeniter, déjà lauréate du prix du Livre Inter et du prix Renaudot des lycéens, confirme son talent de romancière avec L'art de perdre (Flammarion), un des romans les plus puissants de cette rentrée et qui résonne à lui seul de tous les thèmes qui la dominent. Le livre qui suit le destin d'une famille de harkis sur trois générations est écrit du point de vue de Naïma, jeune Française d'aujourd'hui qui ignore tout ou presque du pays d'origine de son père et de ses...
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