Culture

Se regarder pour ne pas oublier de vivre

Exposition

Ghylan Safadi présente* une vingtaine de toiles exhibant des personnages masqués, voilés ou mis à nu dans des situations fantasmées.

25/04/2017

Quelque chose de christique dans son message, une bonhomie modeste loin des épidermes tatoués et des phalanges encombrées de métal rouillé, une allure humble loin du look vestimentaire provocateur, et pourtant... Ghylan Safadi est un artiste à l'état pur, au profil de seigneur. Et qui dit seigneur dit message. Celui de Safadi est un message d'amour, celui qu'il porte pour l'art en particulier et pour les hommes en général. Pas sûr que ceux qui ne savent pas qu'il est artiste le devinent, à moins de l'écouter ou de croiser son œuvre. Un artiste qui a le bleu de l'œil aux aguets, qui observe, analyse, écoute, déduit et qui privilégie avant tout l'idée. Qu'est-il advenu de l'homme aujourd'hui ? Seul le noir de son encre et le blanc de sa pureté sur canevas le diront. The Show must go on, une exposition où le seul spectacle reste l'éclatement de la société et le burlesque de la vie que l'artiste tente de dénoncer.

Beyrouth-amour
Pour la seconde fois au Liban en solo, Ghylan Safadi expose chez Art Lab. La première fois, c'était lors de l'inauguration de la galerie, dans une petite impasse de la rue Gemmayzé ; aujourd'hui, il marque le déménagement vers la rue Gouraud, au grand bonheur des passants. Pour lui, la question du choix de la galerie ne s'est jamais posée. Son propriétaire, Antoine Haddad, est un converti de l'art qui dénigre les cahiers de comptes et la calculette, qui suit ses artistes, les pousse à se dépasser, à franchir leurs limites, et les accompagne dans leur vocation. Une galerie dans une lignée démocratique qui expose pour l'amour de l'art, et pour sensibiliser les visiteurs, toutes classes confondues.

Né dans les années 70 à Sweida, dans le sud de la Syrie, Ghylan Safadi a achevé ses études de peinture à la faculté des beaux-arts de Damas. Résidant au Liban depuis 3 ans, par amour pour cette ville et non par crainte de l'enfer, elle demeure à ses yeux une métropole riche en savoir et en histoire(s), un milieu qui foisonne de talents et qui stimule la créativité. Après avoir parcouru toutes les grandes villes du monde, le voilà qui expérimente une facture picturale nouvelle où il transpose les sketches sur canevas à l'encre de Chine et la peinture acrylique en aplats.

L'escargot...
« Si le monde était clair, l'art ne serait pas », disait Camus. Face à la tyrannie qui prédomine, à l'immédiateté des médias de masse et au consumérisme qui ravage les hommes, Ghylan Safadi tient à rappeler le tempo lent de la peinture, tant dans sa réalisation que dans sa contemplation, invitant le visiteur à regarder l'état de notre société. Une société pressée, au regard fuyant vers des horizons toujours plus sombres. Son monde prône la puissance de l'individu, pour franchir le seuil de la solitude, décloisonner le regard et bouleverser l'état léthargique dans lequel les hommes se retranchent. Son art éveille un questionnement et frappe par sa résonance.

Bien souvent, on ne regarde pas vraiment les œuvres, on les aborde avec des a priori. Le but de l'artiste est d'amener les gens à observer et à ressentir avant d'analyser, d'utiliser leur grille de connaissances. Cloisonnés dans un cadre, les personnages de Ghylan Safadi tentent souvent d'en échapper ou de se restreindre à y demeurer. De la condition de la femme au roi déchu, du pêcheur en quête de vérité à l'artiste désœuvré qui tourne le dos au chaos, du cheval de Don Quichotte au Christ impuissant, ses personnages sont le fruit de sa mémoire et de son enfance, le constat d'une société en mal d'échanges. Si quelquefois ses toiles sont traversées par un escargot, souvenir heureux de son enfance au temps où les hommes n'avaient pas encore divorcé du monde, il n'en reste pas moins désenchanté.

Son art n'est pas un jeu de dilettante. Il est surtout un moyen de faire connaître et de saisir la réalité. Celui qui a la vocation de l'art est un élu qui, grâce aux couleurs et aux lignes, pénètre dans le monde merveilleux de la création. L'art subtil et intelligent de cet artiste offre des modèles qui, au-delà de la mélancolie et de la tristesse du regard de ses personnages, dévoilent la réelle fragilité de l'être humain.
À charge pour le visiteur de décrypter le monde cruellement terrestre mais transcendé par le regard nostalgique de Ghylan Safadi.

* Galerie Art Lab jusqu'au 3 mai 2017.

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