L'Audience nationale a ouvert jeudi à Madrid une enquête sur un éventuel désarmement de l'organisation séparatiste ETA, qui pourrait intervenir samedi en France, a-t-on appris de source judiciaire.
"Le juge de l'Audience nationale a accepté de se saisir après des réquisitions du parquet qui lui demande de délivrer une commission rogatoire à la France afin qu'elle informe de tout ce qui se fera en lien avec le désarmement", a annoncé cette source à l'AFP.
Cette décision de l'Audience nationale, une juridiction spécialisée notamment dans les affaires de terrorisme, intervient alors que le gouvernement régional basque a annoncé le 18 mars que l'organisation séparatiste armée pourrait procéder rapidement à son désarmement, confirmant des informations selon lesquelles il interviendra samedi 8 avril.
Selon une source proche des pourparlers en vue de la "remise" d'armes, celle-ci prendra la forme d'une transmission à la justice française d'informations sur la géolocalisation des caches d'armes de l'ETA.
Ces caches se trouvent en France, selon cette source.
Ce geste symbolique, qui permettra ensuite à la justice d'organiser la saisie des armes et explosifs, sera accompagnée de célébrations organisées par différentes associations et partis basques à Bayonne, dans le sud-ouest de la France.
La justice espagnole cherche aussi a être tenue au courant de ces saisies, notamment afin de pouvoir analyser les éventuelles informations qui pourraient en découler, notamment en lien avec les crimes non résolus de l'ETA.
Le mouvement Euskadi Ta Askatasuna (Pays Basque et Liberté), né en 1959 dans la lutte contre le franquisme, a renoncé en 2011 à la lutte armée, après plus de 40 ans de violences au nom de l'indépendance du Pays basque et de la Navarre.
Son ultime attentat, au cours duquel un policier français avait été tué, remonte à 2010, ce qui avait porté le bilan des morts attribués à l'organisation clandestine à 829.
Mais l'ETA refusait son désarmement unilatéral et sa dissolution exigés par Madrid et Paris, réclamant auparavant l'ouverture d'une négociation sur ses membres détenus.
Selon l'administration pénitentiaire espagnole, il resterait encore quelque 360 détenus appartenant à l'ETA, dont 75 en France et 280 en Espagne. Une centaine purgent des peines de plus de dix ans de prison.
Le sujet reste extrêmement sensible en Espagne où plus de 4.500 personnes ont adhéré en deux jours à un manifeste réclamant une fin sans impunité de l'organisation, selon le Collectif de victimes du terrorisme (Covite).
Le texte qualifie ce possible désarmement de "dépôt d'armes médiatique relevant de la propagande, avec des airs d'auto-blanchissement".
Les signataires, parmi lesquels des écrivains, philosophes et personnalités politiques, affirment que "la première chose que l'on doit exiger de l'organisation terroriste et de son bras politique est la condamnation du passé de terreur de l'ETA".
Ils s'opposent à un assouplissement de la politique pénitentiaire vis-à-vis des prisonniers de l'ETA, réclamé par certains partis politiques basques et par l'organisation même, assurant que cela "supposerait une sorte d'impunité".
Le manifeste, mis en ligne il y a deux jours, contraste avec un autre texte, présenté mercredi par tous les partis représentés au parlement régional sauf le Parti populaire (conservateur) qui demandaient aux gouvernements espagnol et français de faciliter le désarmement du groupe séparatiste.
Le gouvernement conservateur espagnol maintient lui sa position intransigeante. "Il n'y aura ni transactions ni concessions avec ceux qui ont causé tant de douleur, tant de souffrance et tant d'années de peur", a déclaré le ministre de l'Intérieur, Juan Ignacio Zoido.
"Le juge de l'Audience nationale a accepté de se saisir après des réquisitions du parquet qui lui demande de délivrer une commission rogatoire à la France afin qu'elle informe de tout ce qui se fera en lien avec le désarmement", a annoncé cette source à l'AFP.
Cette décision de l'Audience nationale, une juridiction spécialisée notamment dans les affaires de terrorisme, intervient alors que le gouvernement régional basque a annoncé le 18 mars que l'organisation séparatiste armée pourrait procéder rapidement à son désarmement, confirmant des informations selon lesquelles il interviendra samedi 8 avril.
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