Benjamin Millepied dans son studio du Los Angeles Theatre Center. Valérie Macon/AFP
Dans un studio lumineux en pleine ébullition artistique, les dix membres de L.A. Dance Project, compagnie cofondée en 2012 par Millepied, répètent un ballet. Un spectacle en quatre parties chorégraphiées par l'ex-danseur vedette du New York City Ballet. « C'est un joli titre qui évoque la réunion d'un couple mais aussi un retour », raconte-t-il, comme un symbole de ce nouveau départ à Los Angeles, où il s'était installé en 2012 avec sa femme, l'actrice Natalie Portman, avant son aventure parisienne, clôturée avec fracas de l'Opéra de Paris, son retour sur scène après un an d'absence.
« C'est un duo que j'ai créé avec une danseuse du New York City Ballet exceptionnelle, Janie Taylor, mais je ne compte pas refaire ça souvent, c'est probablement la dernière fois », explique l'artiste de 39 ans, barbe taillée et yeux bleus.
Danser « demande beaucoup de préparation même si quand on s'y remet, c'est un tel plaisir », alors « je préfère me concentrer sur la création, faire en sorte que L.A. Dance Project soit un succès pour la communauté de Los Angeles et incarne ce que, selon moi, une organisation (artistique) doit être à notre époque », poursuit-il. Il évoque les difficultés rencontrées par « toutes les organisations d'arts vivants comme les orchestres symphoniques, l'opéra, le ballet, imaginées pour les années 1950 et qui ont du mal à évoluer ». « Elles sont souvent associées à des lieux qui ne répondent plus forcément à ce que cherche » le public aujourd'hui, comme les théâtres aux allures de « temples romains » qui vendent des « billets trop chers », estime-t-il encore.
Sortir du temple
Des propos qui font notamment penser au paquebot du palais Garnier qu'il a voulu révolutionner, peut-être trop vite, faisant grincer des dents au sein d'une institution très hiérarchisée. Parce que, pour cet homme pressé, les compagnies de demain doivent d'abord « monter des projets forts pour la scène, des belles collaborations » avec des musiciens, des plasticiens, voire des marques pour conquérir de nouveaux publics.
Le spectacle au Ace Hotel comprend ainsi une performance sur scène du chanteur Rufus Wainwright, un décor du peintre Mark Bradford, une musique de Philip Glass, entre autres.
Ce natif de Bordeaux, initié à la danse par sa mère ancienne danseuse, veut des spectacles « immersifs, imaginer la ville comme une cour de récréation, des partenariats avec des musées, des sites » et toucher un public jeune en lui parlant « avec des moyens de communication modernes », numériques notamment. À l'image de ses courts métrages réalisés sous le patronage du joaillier Van Cleef and Arpels, chorégraphiés et tournés dans des lieux emblématiques de Los Angeles, comme la L.A. River. D'ailleurs, sur sa ville d'adoption, il ne tarit pas d'éloges : « Je m'y sens extrêmement bien. Los Angeles n'est pas comme New York saturée d'organisations artistiques devenues un peu conservatrices, c'est une ville culturelle extraordinaire. »
Tout à créer
« Venir danser à Los Angeles aujourd'hui, c'est comme un artiste qui s'établirait à New York dans les années 60-70, il y a encore tout à faire », s'enthousiasme-t-il encore, soulignant qu'il n'y a pas encore de grande compagnie de danse dans la cité des Anges.
Avec dix danseurs contre 154 lorsqu'il était directeur de la danse à l'Opéra de Paris, il dit se sentir libéré plus qu'entravé. « J'avais besoin de beaucoup de liberté, pas de me perdre dans un environnement qui me mangeait », dit-il. « J'ai besoin d'espace pour réfléchir à la création, faire mes films car j'ai toujours tourné beaucoup de courts métrages, et je suis au début de l'aventure d'un long métrage », annonce-t-il, sans rien révéler du projet pour l'instant.
De ses quinze mois à Garnier, il dit avoir « appris des réussites et des erreurs ». « Je reviens transformé, c'était une expérience fantastique », mais « ce n'était pas pour moi », concède-t-il.
(AFP)


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine