Avant son coup de foudre pour l’opéra, Aline Maalouf chantait Feyrouz et Magida el-Roumi.
Coup de foudre au Festival al-Bustan avec la Carmen de l'Opera Helikon. La petite fille qui regarde avec des yeux plus grands que le ventre a vite compris le sens de sa vie : être cantatrice. Et voilà Aline Maalouf, ingénieure en agronomie de l'AUB, qui se lance corps et voix dans le registre de soprano lyrique. Et s'y inscrit avec passion.
Charme, douceur, mesure et distinction sont ses qualités. Petite robe bordeaux moulante dégageant le cou, des boucles d'oreilles en cœur avec perles nacrées, des ongles vermillon et des cheveux lisses qui cascadent dans le dos. Elle vient d'offrir aux mélomanes du Nord, dans le cadre du festival Ehdeniyate, la semaine dernière, un récital avec le ténor Bechara Mouffarej et le baryton Francesco Vultagio, en compagnie des Jeunesses musicales méditerranéennes de Palerme. Beyrouth applaudira ce soir la fille du pays, toujours heureuse de ses retrouvailles familiales à Kfaraab, dans une palette belcantiste, riche et variée, à la cathédrale Saint-Louis.
Sourire aux lèvres, la jeune cantatrice, qui ne fait pas ses trente-deux ans, déclare: «Je suis surtout heureuse de retrouver ma grand-mère de 90 ans, dont je porte le
prénom...»
Soprane au chœur de l'opéra
Heureuses retrouvailles pour Aline Maalouf, qui a fait toutes les étapes d'une formation académique exemplaire, du Conservatoire national supérieur de musique (avec Lilia Dragomir) à L'École normale de musique de Paris Alfred Cortot (sous la férule d'Isabel Garcisanz), en passant par Lyon dans la classe de Brian Parsons, pour s'établir définitivement à l'Opéra Théâtre de Metz Métropole.
Soprane au sein du chœur de l'Opéra, elle tient également des rôles dans Don Quichotte de Boismortier, La Vie parisienne d'Offenbach, ou Capriccio de Richard Strauss...
Première question, en bon Libanais, qui vient à l'esprit : des liens de parenté avec l'illustre académicien et le génial trompettiste du même patronyme ? Le rire fuse et la réponse n'est guère évasive: «Pour ce qui est d'Amin, c'est une parenté par alliance. Quand à Ibrahim, il y a une parenté de grand-père et puis, en commun, il y a un caveau familial...»
On revient sur terre, c'est-à-dire à la source du chant. «J'ai toujours aimé chanter. Mais l'opéra, je n'en connaissais alors pratiquement rien. C'était plutôt Feyrouz et Magida el-Roumi que je tentais de faire vivre avec ma voix. Et puis il y a eu ce Carmen au Bustan. La révélation. Mon sang n'a fait qu'un tour. Un vrai coup de foudre», reconnaît-elle. Encouragée par sa mère qui lui a offert des CD classiques – «Cecilia Bartoli était un moment d'écoute favori», avoue-t-elle–, l'engrenage des décisions s'est vite opéré. «Des études musicales, bien entendu, et un départ pour la France où j'ai logé d'abord chez les bonnes sœurs... Mais je suis toujours revenue au Liban. J'ai déjà chanté au Festival de Byblos. J'ai interprété Barbarina des Noces de Figaro de Mozart. Ainsi qu'un concert donné à la magnanerie de Mounir Abou Debs, qui en a conçu l'ordonnancement. Je rêve de jouer un jour Liu dans Turandot de Giacomo Puccini, ainsi que Ann True Love de Rakes's Progress, d'Igor Stravinsky.»
« Aimez-vous les uns les autres »
Si Aline Maalouf a des ambitions précises pour les performances vocales et scéniques, elle n'en a pas moins une vocation pédagogique affirmée. «Transmettre aux jeunes l'art du chant, dit-elle en toute simplicité et modestie. Surtout pour ceux qui n'ont pas la chance de sortir du pays. Apprendre l'importance de la maîtrise du corps, de l'esprit, des nuances, de ce qui est intérieur. Car on chante aussi avec tout ce qui ne se voit pas, c'est-à-dire l'intériorité...»
Un message à adresser à ses concitoyens libanais? Bien sûr, répond-elle: «Que les gens s'aiment les uns les autres, qu'ils ne s'énervent pas, qu'ils écoutent de la musique censée rapprocher les êtres et révéler la part profonde de l'humanité.»
À peine rentrée à Metz, Aline Maalouf, férue d'Anna Netrebko, Renée Fleming et Angela Gheorghui, loin du soleil et de la verdure libanaise qu'elle affectionne – elle qui a chanté dans la maison natale de Paul Verlaine –, se prépare à endosser le costume de la première cercatrice de Sœur Angélique, de Puccini. Plus frivole et coloré sera le rôle de Stasi de la Princesse Czardas de Kalman, qui l'attend à Nancy.
Mais les Libanais l'applaudiront dans ce florilège d'airs et de mélodies, qu'elle offre en un savoureux bouquet ce soir, devant l'autel...
*À la cathédrale Saint-Louis des capucins à 20h précises, Aline Maalouf (soprano) sera accompagnée au piano par Juliette Boubel (duo féminin Tocca Vocce) pour un concert lyrique incluant des pages de Barber, Herbert, Debussy, Gershwin, Schumann, Schubert, Strauss, Ravel, Dvorak, Puccini, Heggie, Stravinsky et Poulenc.


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