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Mort d’un homme aimé : Francis Baïssari repose, depuis hier, au cimetière patriarcal de Bkerké

Fady NOUN | OLJ
27/02/2015

C'était un homme aimé. L'Église maronite a fait ses adieux hier à l'évêque Francis Baïssari (82 ans), foudroyé lundi par un arrêt cardiaque. L'office funèbre s'est tenu dans l'enceinte extérieure du siège patriarcal de Bkerké, sous la présidence du patriarche Béchara Raï, en présence du patriarche émérite Nasrallah Sfeir, qui l'avait ordonné prêtre, et d'une foule de parents, d'amis, de prêtres, d'évêques et de religieux, ainsi que d'hommes politiques et de figures éminentes de la communauté, venus prier et saluer la dépouille mortelle d'un homme qui fut particulièrement aimé.
Le député Michel Moussa, au nom du président de la Chambre, le ministre du Travail Sejaan Azzi, au nom du Premier ministre Tammam Salam, la ministre des Déplacés, Alice Chaptini, représentant le président Michel Sleiman, et Daoud Sayegh, représentant l'ancien Premier ministre Saad Hariri, ainsi que Walid Khoury, au nom du général Michel Aoun, assistaient notamment aux obsèques.
Samir Geagea et son épouse, Sethrida, ont tenu aussi à être présents aux adieux d'un homme qui a entouré le leader des Forces libanaises d'une sollicitude paternelle constante, tout au long de ses onze années d'incarcération au ministère de la Défense.
Présents aussi à la cérémonie le conseil de tutelle de la Fondation maronite dans le monde, Charles Hage, Sarkis Sarkis et Fady Romanos, ainsi qu'une foule d'amis venus de son village de Knat, de Bécharré et du chapelet de villages parsemant le grand cirque de la Vallée sainte, où sa figure avenante, son sourire, son sens de la répartie et son « humour innocent », selon les termes du patriarche Sfeir, faisaient la joie de tous.
C'est au point qu'il incarnait, assure l'un de ses amis, « la joie de l'Évangile », avant que ces termes ne soient associés dans l'Église catholique à la première encyclique du pape François.

Une bonhommie irrésistible
Le patriarche a d'ailleurs rappelé que ce sens de l'humour, sa bonhommie et son talent irrésistible de conteur avaient conquis Jean-Paul II, que l'on surprend sur une photo tenant la tête de l'évêque entre les mains et déposant un baiser sur sa ronde calvitie, lors des sessions du synode pour le Liban (1995).
Cette joie devait l'accompagner dans les dernières heures de sa vie, et jusqu'à la dernière minute, alors qu'il sombrait dans l'inconscience. Il est mort en récitant le premier verset du Psaume 122 : « J'étais dans la joie quand on m'a dit allons à la Maison du Seigneur », a révélé le patriarche dans son oraison funèbre.
Ordonné prêtre en 1962, Francis Baïssari avait d'abord été prêtre dans le diocèse de Batroun. Il y avait enseigné la philosophie, avant d'en être l'évêque, 27 années durant. Comme professeur et comme prêtre puis comme évêque, il a formé des générations de Libanais à l'amour de l'Église et du Liban.

Un guide
Ce guide avait d'ailleurs de qui tenir. Il avait rejoint, après son ordination, la fameuse Amicale du clergé (dite encore « Ligue sacerdotale»), fondée en 1942 par Mgr Ignace Ziadé, évêque de Beyrouth. Une solidarité, un élan sacerdotal qui fut à la base de toutes les réformes au sein de l'Église maronite, avant et après le Concile Vatican II.
Ce ne fut donc pas un hasard si, avec ses camarades de l'amicale, les prêtres Abdo Khalifié et Youssef Béchara, qui allaient devenir évêques, il traduisit vers l'arabe les textes fondamentaux du concile.
Sous beaucoup d'aspects, son sens pastoral préfigurait le style du pape François. « Dans le temps, le peuple allait à la fontaine, disait-il. Aujourd'hui, l'eau courante est dans tous les foyers. Ce ne sont plus les hommes qui vont à l'eau, mais l'eau qui vient vers eux. »
« Je vais rejoindre les fidèles là où ils sont, disait-il encore. Je n'attends pas qu'ils viennent à moi. » À sa manière, c'était ce que François appelle aujourd'hui « un homme de frontières ».
Comme évêque de Jobbé, qu'il servit 21 années durant, sa jovialité et son amour des pauvres devinrent proverbiaux. Il prit particulièrement soin des prêtres de son diocèse, partageant tout ce qu'il possédait, qui, dans ses dernières années, devint plutôt maigre. Il a ordonné 32 prêtres, tout en réussissant à écrire 21 ouvrages, un par an, mettant à profit la saison d'hiver, quand la neige empêchait toute circulation . Durant la belle saison, il voyageait, rejoignant dans leurs nouveaux pays d'élection – en Australie, aux États-Unis, au Canada et même dans les pays du Golfe– les fidèles qu'il avait formés, et dont il avait partagé les joies et les peines.
La dépouille mortelle de Francis Baïssari repose, depuis hier, dans le cimetière du siège patriarcal de Bkerké.

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