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Syrie: les Frères musulmans, influents mais contestés au sein de l'opposition

Les Frères musulmans de Syrie, les mieux organisés parmi les adversaires de Bachar al-Assad, suscitent les critiques d'une partie de l'opposition qui les soupçonne de velléités hégémoniques, forts du soutien financier du Qatar.

Ces accusations, datant du début de la révolte et réfutées par la confrérie islamiste, ont éclaté au grand jour après l'élection le 19 mars par la Coalition de l'opposition d'un Premier ministre "rebelle", Ghassan Hitto, considéré comme "parachuté" par les Frères musulmans.

Près de 70 opposants syriens ont dénoncé, sans le nommer, la "domination de l'un des courants" de l'opposition et une "hégémonie flagrante de pays arabes et régionaux" sur la Coalition, en référence aux Frères musulmans, au Qatar et à la Turquie .

Une douzaine d'opposants ont aussi gelé leur appartenance à la Coalition, dont Kamal al-Labwani, libéral proéminent et l'un des plus virulents critiques de la confrérie.

"La décision au sein de la Coalition appartient aux Ikhwane (frères en arabe). Ce sont eux qui contrôlent les comités liés à l'armement (des rebelles) et au secours", dénonce-t-il.

"En apparence, ils sont peu nombreux au sein de la Coalition, mais ils +achètent+ les autres membres grâce à l'argent qu'ils reçoivent de Doha et d'Ankara", affirme-t-il à l'AFP. "C'est du trafic d'influence".

Des reproches rejetés par Ali Al-Bayanouni, adjoint du chef de la confrérie pour les affaires politiques, en exil à Londres. "Notre rôle est très exagéré au sein de la Coalition et nous ne sommes financés par aucun Etat", affirme cet ex-chef des Ikhwane à l'AFP, précisant que l'argent vient de "membres et de partisans syriens ou autres".

"Nous représentons seulement 10% de la coalition, comment peuvent-ils dire que nous contrôlons tout ?".

Le conflit en Syrie s'éternise, mais les détracteurs de la confrérie redoutent déjà qu'elle récolte plus tard les fruits de la révolte comme en Egypte.

"Dans tous les pays du +Printemps arabe+, la révolution a été volée par les mêmes: les Frères musulmans. Nous mourons au front et eux récupèrent les postes", affirme auprès de l'AFP un combattant à Lattaquié (nord-ouest).

La confrérie a été fondée en 1928 en Egypte par Hassan al-Banna avec comme objectif une renaissance islamique et la lutte contre le modèle occidental, une doctrine diffusée dans d'autres pays.

En Syrie, le mouvement, qui remonte aux années 30, a mené un soulèvement armé contre le régime de Hafez al-Assad, père de l'actuel président, avant d'être brutalement écrasé à Hama (centre) en 1982 (au moins 10.000 morts). Une loi toujours en vigueur condamne à la peine de mort tout membre de la confrérie.

Vainqueurs potentiels ?

Les Frères musulmans "estiment qu'ils sont les leaders naturels de la Syrie, qu'ils représentent la nation mieux que quiconque", affirme Joshua Landis, directeur du Center of Middle East Studies à l'Université d'Oklahoma.

"Cette confiance en soi irrite les autres groupes (...), les Frères sont les vainqueurs présumés, c'est pour cela qu'ils sont visés".

Experts et opposants s'accordent à dire que les Ikhwane sont les mieux structurés, avec hiérarchie, bureaux, site internet et même récemment un journal.

"Le Qatar et la Turquie les soutiennent en raison d'affinités idéologiques mais aussi parce que c'est le seul parti institutionnalisé qui aurait une chance d'organiser la Syrie" dans l'après-Assad, estime M. Landis.

"Ils sont organisés politiquement, militairement, financièrement, c'est pour cela qu'ils prennent le dessus", dit un combattant rebelle à Alep (nord).

M. Landis soulève également leur capacité "extraordinaire de survie" après leur déracinement brutal, alors qu'en Egypte la confrérie était tolérée.

Damas les accuse d'être instrumentalisés par le Qatar et la Turquie, où est basé leur chef - le Contrôleur général - Mohammad Riyad al-Chaqfa.

Malgré leur projet d'État civil fondé sur les droits de l'homme, "il y a une profonde suspicion qu'ils utilisent la démocratie pour arriver au pouvoir et qu'une fois que c'est fait, ils utiliseront les lois pour faire taire leurs critiques", souligne M. Landis.

L'Occident pourrait être enclin à traiter avec ce groupe, jugé plus modéré que les jihadistes comme le Front Al-Nosra, selon des opposants.

"Demain, lorsqu'il y aura des élections démocratiques en Syrie, nous verrons qui a la majorité", affirme M. Bayanouni.
Les Frères musulmans de Syrie, les mieux organisés parmi les adversaires de Bachar al-Assad, suscitent les critiques d'une partie de l'opposition qui les soupçonne de velléités hégémoniques, forts du soutien financier du Qatar.Ces accusations, datant du début de la révolte et réfutées par la confrérie islamiste, ont éclaté au grand jour après l'élection le 19 mars par la Coalition de l'opposition d'un Premier ministre "rebelle", Ghassan Hitto, considéré comme "parachuté" par les Frères musulmans.Près de 70 opposants syriens ont dénoncé, sans le nommer, la "domination de l'un des courants" de l'opposition et une "hégémonie flagrante de pays arabes et régionaux" sur la Coalition, en référence aux Frères musulmans, au Qatar et à la Turquie .Une douzaine d'opposants ont aussi gelé leur appartenance à la...