Selon les premiers résultats de cette enquête, la grenade à main qu'un reporter, travaillant pour un journal suisse, a prétendument découverte et photographiée fin juin en Syrie, provient d'une livraison du groupe suisse d'armement Ruag aux Emirats arabes unis effectuée en 2003.
Le 1er juillet dernier, le journal dominical suisse Sonntagszeitung a publié la photo d'une grenade à main qu'un journaliste disait avoir photographiée le 28 juin 2012 dans la localité syrienne de Marea (au nord d'Alep, dans le nord de la Syrie), alors qu'il faisait un reportage aux côtés de rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL).
"Mercredi, le gouvernement suisse a pris connaissance des clarifications du Département fédéral de léconomie (DFE) concernant les grenades à main en provenance de Suisse qui auraient été utilisées en Syrie", a indiqué le Secrétariat d'Etat suisse à l'économie (Seco) dans un communiqué.
Selon le DFE, depuis l'entrée en vigueur de la loi fédérale sur le matériel de guerre le 1er avril 1998, la Suisse a cessé ce type d'exportations vers la Syrie.
Par ailleurs, toujours selon les premières conclusions du DFE, la grenade à main figurant sur la photo parue dans la Sonntagszeitung provient d'une livraison de Ruag aux Emirats arabes unis en 2003.
A l'époque, 225.162 grenades à main avaient été livrées à l'armée des Emirats arabes unis dont le commandement avait signé une déclaration de non réexportation.
L'entreprise Ruag a d'ailleurs confirmé à la Sonntagszeitung que la grenade photographiée dans la main du journaliste "ressemblait à un produit de Ruag".
Mais pour les autorités suisses, les éléments d'information obtenus par la presse soulèvent encore des questions. Le DFE poursuit donc son enquête car Berne estime qu'il reste, entre autres, à déterminer pourquoi il n'y a pas de photo du lieu où la grenade à main a été découverte.
"Jusquà présent, rien ne prouve que des grenades à main suisses soient parvenues en Syrie. Les clarifications se poursuivent", assure le Seco.
Afin de faire toute la lumière sur cette situation, la Suisse a pris contact avec les autorités des Emirats arabes unis par le biais de l'ambassadeur des Emirats arabes unis à Berne, de l'ambassade de Suisse à Abou Dhabi et de l'attaché de défense compétent dans cette région.
En outre, bien qu'il n'y ait pas encore de "preuve tangible" sur l'origine des grenades et sur le lieu où elles ont été trouvées, "le Seco a immédiatement bloqué toutes les autorisations d'exportations de matériel de guerre vers les Emirats arabes unis", a indiqué à l'AFP une porte-parole du Seco, Antje Baertschi.
Le Seco a par ailleurs "exigé des entreprises concernées qu'elles restituent les autorisations déjà octroyées qui n'ont pas encore été mises à profit ou qui n'ont pas été complètement mises en profit".
Ces dispositions sont de nature provisoire, poursuit Berne, qui entend prendre des "mesures plus poussées" lorsque les faits seront suffisamment éclaircis.
"On a pris cela au sérieux notamment parce qu'il y a eu un événement semblable l'année dernière : un journaliste de guerre qui a couvert la Libye avait trouvé des caisses de munitions suisses en Libye. Ces caisses avaient été livrées par une entreprise suisse au Qatar qui avait signé une déclaration de non réexportation. Il y avait une erreur de la part du Qatar. Cette enquête est close", a expliqué Mme Baertschi.


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