Il faut dire que la célèbre chorale de l’Université Saint-Esprit de Kaslik avait fait route depuis le Liban pour animer la première messe solennelle, et qu’elle était accompagnée d’une importante délégation du clergé maronite. De plus, les membres du Club franco-
libanais de Nice-Côte d’Azur avaient, avec son président, le docteur Toni el-Hayek, répondu présent à l’invitation du père Paul Chalard, le responsable de la paroisse Saint-Vincent de Lérins à laquelle est rattachée N-D du Liban.
Depuis de longues décennies à Mandelieu-La Napoule, les grandes cérémonies religieuses qui rythment l’année étaient célébrées dans le Palais des Congrès de la petite ville devant un parterre de fidèles désespérés de ne pas avoir une église digne de ce nom où se réunir. Un début de financement avait été lancé par les paroissiens et le diocèse de Nice, mais on était loin des 3 millions d’euros nécessaires et rien n’aurait jamais pu être réalisé sans la générosité d’un mécène franco-libanais qui a établi sa résidence sur la commune.
À partir de là, tout allait très vite. Le projet de l’architecte grassois Michel Lanteri était retenu en raison de son idée d’une arche de lumière érigée au centre du sanctuaire, juste au-dessus de l’autel, captant les rayonnements du soleil de l’aube au crépuscule. Le permis de construire était délivré en 2007 par Henri Leroy, le maire de Mandelieu-La Napoule, lui-même né à Beyrouth ! Les travaux démarraient en avril 2010 avec un challenge de taille : conserver tous les arbres du site. Un seul, qui avait pris racine au centre du terrain, a été coupé. Un cèdre dans lequel est sculpté le Christ de 4 mètres qui viendra bientôt surplomber la verrière !
L’architecture est résolument contemporaine mais chaleureuse avec une petite entrée qui accentue la grandeur de l’édifice quand on y pénètre. Le toit en forme de bateau renversé a été construit tout en bois. Les couleurs de la nouvelle église sont celles de la Provence, ocre et terre cuite. Le sol est couvert d’un marbre prestigieux, celui des carrières de Saint-Pons de Thomières à qui l’on doit notamment les colonnes de la mosquée de Cordoue et le balcon de la reine à Versailles. Une Vierge d’une tonne et demie, reproduction de celle de N-D de Harissa, a été sculptée du même marbre par l’artiste Bassam Kyrillos. L’autel est composé de blocs de rochers rouges de l’Esterel encerclés de bois de cèdre.
Tout dans cette nouvelle église respire les liens qui attachent la France et le Liban. Sans doute est-ce pour cela que le premier office a été célébré selon le rite maronite par l’ancien supérieur général de l’ordre, le père abbé Paul (Boulos) Naaman. Une messe dite en trois langues : araméen, français et arabe, tel un pont symbolique d’une rive à l’autre de la Méditerranée. Accompagné d’un aréopage de prêtres, le vicaire général, Mgr Guy Terrancle, missionné par l’évêque, officiait à ses côtés. Il a rappelé que, « signe de vitalité », c’est la 3e église inaugurée en 4 ans dans le département des Alpes-Maritimes. Par un heureux concours de circonstances, elle est dédiée à Notre-Dame du Liban alors que les chrétiens d’Orient vivent des drames de par le monde. Il faut penser à eux, prier pour eux, et surtout dire que nous portons le souci de ces frères qui sont bien souvent à la limite de la persécution.
Quelques instants plus tard, l’abbé Naaman s’exprimait dans le même esprit : « On n’a jamais vécu un temps de repos et nous sommes toujours sur la limite du danger au Moyen-Orient. Nous sommes, au Liban, un peuple très dur. Nous avons résisté. Nous résisterons toujours, mais nous voulons aussi transporter cet esprit de résistance chrétienne pour l’Europe et pour la France, surtout, que nous aimons beaucoup. »
Dimanche, dans une petite ville du sud de la France, une nouvelle église dédiée à Notre-Dame du Liban rappelait combien la vigilance est plus que jamais de mise et combien seules les démocraties garantissent les libertés. Au printemps prochain, un jumelage aura lieu entre les deux sanctuaires : celui de Mandelieu-La Napoule et celui de Notre-Dame de Harissa.

