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Enfant, Hugo Chavez rêvait de devenir champion de base-ball, mais c'est l'armée qu'il a rejointe. Rapidement, il glisse vers la gauche radicale imprégnée de nationalisme anti-impérialiste. En 1992, à la tête d'un mouvement qu'il a fondé 10 ans auparavant, il tente un coup d'État contre le président de l'époque, Carlos Andres Perez. Il échoue et est jeté en prison.
Libéré deux ans plus tard, il crée le Mouvement Cinquième République qui lui permet d'accéder au pouvoir en 1998 et lance dans la foulée son programme.
Depuis dix ans qu'il est au pouvoir, Chavez intrigue. Alors que certains, à l'intérieur et à l'extérieur du pays, voient et dénoncent dans sa politique des tendances dictatoriales, sa popularité au Venezuela, mais également dans certaines parties du monde à commencer par le Moyen-Orient, ne se dément pas.
Le pouvoir
L'un des éléments régulièrement dénoncé par ses opposants est la volonté d'Hugo Chavez de se maintenir au pouvoir et de tout faire pour créer les conditions favorables à un tel objectif. Ainsi, en décembre 1999, les électeurs approuvent à 99 % une réforme visant à renforcer les pouvoirs présidentiels. En 2007, Chavez, réélu un an plus tôt avec 61,3 % des voix, tente d'enfoncer le clou en proposant un nouveau référendum visant à valider une nouvelle réforme constitutionnelle. Les 69 amendements constitutionnels prévoient des dispositions pour créer des formes de propriété collective, la suppression de l'indépendance de la Banque centrale ou encore la nomination directe de responsables provinciaux et municipaux par le président. Mais la réforme prévoit aussi de permettre au président de censurer la presse en temps de crise et, surtout, de supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels. Dans un climat particulièrement tendu - l'opposition avait organisé de grandes manifestations - la réforme a été rejetée à une très courte majorité.
Néanmoins, deux ans plus tard, Chavez tente à nouveau sa chance avec un référendum sur un amendement constitutionnel autorisant les élus à briguer un nombre illimité de mandats consécutifs. Le 15 février, le « oui » triomphe avec 54,3 % des voix. L'opposition qualifie alors le chef de l'État de « dictateur » voulant « se perpétuer au pouvoir ».
Censure
Le pouvoir vénézuélien est également sévèrement critiqué pour son attitude envers les médias. Des organismes tels l'Institut de la presse et l'association Human Rights Watch dénoncent les entorses de plus en plus fréquentes à la liberté de la presse au Venezuela. Les médias vénézuéliens, de plus en plus critiques envers le gouvernement, sont régulièrement censurés et les journalistes jugés infidèles au régime sont personnellement rappelés à l'ordre. Dernier cas en date, Guillermo Zuloaga, président de la chaîne de télévision antigouvernementale Globovision, a été arrêté et brièvement détenu jeudi dernier dans un aéroport parce qu'il avait critiqué le président Chavez lors d'une réunion de médias internationaux.
Économie
Sur le plan économique, la gestion présidentielle est également critiquée. « Le bilan est désastreux au niveau des grands indicateurs économiques (investissement, inflation, chômage...) », estime Gordon Mace, directeur du Centre d'études interaméricaines de l'Institut québécois des hautes études internationales.
Par ailleurs, le président vénézuélien, qui gouverne par décrets, prend parfois des décisions pour le moins surprenantes, dont la validité économique est passablement floue. Ainsi, Chavez a décrété, mercredi dernier, que tous les jours de la semaine sainte (qui commence aujourd'hui) seraient fériés afin d'économiser l'électricité. « Que personne n'oublie d'éteindre la lumière ni de fermer le robinet d'eau ! » a-t-il lancé, alors que le pays connaît un grave déficit électrique. Début février, le président avait déjà décrété une situation d'urgence en matière de consommation électrique pour une période d'au moins deux mois. Son décret prévoyait alors de sanctionner les usagers qui ne réduiraient pas leur consommation, soit par des augmentations de tarifs, soit par la coupure du service.
Hugo Chavez, qui, en 2007, voulait inscrire le socialisme dans la Constitution, a également un penchant marqué pour les nationalisations. En la matière, le mouvement s'est accéléré depuis 2006. Banques, télécoms, électricité, pétrole, production de lait et de ciment... des pans entiers de l'économie ont été nationalisés. Chavez pratique également la nationalisation punition. En janvier dernier, dans le cadre de son émission radiotélévisée hebdomadaire « Alo Presidente », Chavez ordonnait la nationalisation d'Exito, une chaîne d'hypermarchés franco-colombienne, filiale du groupe Casino, dont il avait dénoncé les « pratiques spéculatives ».
Popularité
Même si au Venezuela on gouverne beaucoup par décrets, nuance néanmoins Julien Rebotier, spécialiste du Venezuela, « la présidence n'impose pas si facilement ses vues. Les mobilisations populaires, lorsqu'elles sont tenaces et bien organisées, parviennent à modifier l'agenda politique », souligne le spécialiste. Pour Gordon Mace, « Chavez profite du fait que l'opposition n'arrive pas à s'organiser, pour contrôler tous les leviers de l'État et assurer son maintien au pouvoir ».
Hugo Chavez, apôtre de la justice sociale et de la lutte contre la corruption, président se posant comme le défenseur des démunis face aux oligarques, leader doté d'un charisme certain, reste, par ailleurs, populaire.
« Selon les derniers sondages, le président Chavez demeure populaire auprès de la moitié de la population environ. Ce sont les couches défavorisées qui appuient Chavez et son régime parce que ce sont elles qui ont surtout profité des programmes gouvernementaux dans le domaine de la santé et de l'éducation », estime Gordon Mace. Certes, la popularité de Chavez n'atteint pas les 84 % de satisfaction que récoltait l'ex-présidente chilienne, Michelle Bachelet, à la fin de son mandat. « Mais après plus de 10 ans à la tête de l'État, la majorité qui s'exprime continue à plébisciter le président, note Julien Rebotier, spécialiste du Venezuela. Ce qui ne veut pas dire que le soutien ne s'érode pas, qu'il soit aveugle ou indifférencié, ou que tous les partisans restent complètement convaincus. »
Cette popularité repose notamment sur sa volonté d'entreprendre de véritables changements pour une meilleure justice sociale. En la matière, tous les projets sont financés par les revenus pétroliers. Dans le domaine de la santé, un programme en direction des plus défavorisés a été développé sous l'impulsion de Chavez, avec l'ouverture de petites cliniques, de services ambulatoires ou encore de centres spécialisés. Des centres auxquels une grande partie de la population peut accéder gratuitement. Cette politique aurait notamment permis de faire chuter la mortalité infantile.
Hugo Chavez a également mis en place différents programmes dans le domaine de l'éducation. Ainsi, selon l'Unesco, l'analphabétisme a été éradiqué au Venezuela. Par ailleurs, le nombre d'étudiants dans le supérieur a grimpé.
Au plan économique, il faut, selon Gordon Mace, mettre au crédit de l'apôtre de la « révolution bolivarienne* » « un certain succès dans la mise en place de petits programmes sociaux ciblés ». « Sous Chavez, il y a une redistribution massive des rentes, ce qui change tout de même sensiblement le quotidien de millions de personnes », renchérit Julien Rebotier.
Antiaméricanisme
Sur la scène internationale, Chavez suscite également des sentiments aussi forts qu'opposés. Dans la ligne de mire du leader vénézuélien se trouve, au premier chef, les États-Unis et leur « impérialisme » régulièrement dénoncés par Chavez dans des termes qui peuvent être particulièrement fleuris.
S'agit-il là de rhétorique visant à détourner l'attention des problèmes internes ou d'une conviction profonde, d'une forme de résistance à un modèle dominant ? Selon Gordon Mace, « c'est sans doute les deux. Chavez se sent porteur du projet bolivarien d'indépendance de l'Amérique latine et il incarne la déception des populations de la région face au peu de retombées positives des politiques néolibérales pour les populations locales. Il a cherché un autre modèle de développement, le "socialisme du XXIe siècle", que les imposants revenus pétroliers lui ont permis d'explorer ».
« L'antiaméricanisme de Chavez est un ressort pour fédérer les forces dans sa politique domestique, estime pour sa part Julien Rebotier. L'opportunisme politique n'empêche pas néanmoins une certaine conviction de ses propos. Les services américains ne sont pas étrangers au coup d'État de 2002 qui a tout de même fait plusieurs morts, et ils financent ouvertement l'opposition. Maintenant, en termes de politique internationale, le Venezuela fait d'un monde multipolaire avec autonomie des peuples et non-ingérence les clés de sa diplomatie. »
Hugo Chavez se distingue également, sur la scène internationale, pour son rapprochement avec l'Iran. Alors que pour Gordon Mace ce rapprochement est une « façon de s'opposer à "l'Empire", et aussi de le narguer », Julien Rebotier estime que ce rapprochement s'inscrit dans une relance de l'OPEP et dans une transformation de l'organisation pétrolière en outil politique. « Ce rapprochement s'inscrit aussi dans l'idée d'une affirmation nationale, d'une non-ingérence et d'un rapprochement Sud-Sud, ajoute-t-il. Enfin, la géométrie de la diplomatie est très variable. Les ennemis de mes ennemis peuvent être mes amis, mais cela "coûte" au gouvernement Chavez. Le jeu avec l'Iran est dangereux, mais stratégique. Au-delà du pouvoir iranien, c'est le monde arabe qui est concerné dans un jeu à plusieurs bandes, pour défendre un type de représentations internationales. Regardez l'écho qu'ont Chavez et le Venezuela parmi les peuples arabes. Le lien avec l'Iran n'est pas un simple lien avec le président Ahmadinejad, il va au-delà ».
* « Révolution bolivarienne », du nom de Simon Bolivar, le « Libertador », qui, au XIXe siècle, a libéré le Venezuela du joug espagnol.


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