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Actualités - Chronologie

Société - Le banya fait partie du patrimoine culturel russe Plaisirs et dangers à 60 degrés

Les bains de vapeur sont depuis des siècles, avec la vodka, l’un des piliers de la société russe : on vient s’y relaxer entre amis ou en famille mais des hommes d’affaires à la réputation trouble y organisent aussi des fêtes sulfureuses qui se terminent parfois tragiquement. Le 26 mars 2000, les Russes votent pour désigner le successeur de Boris Eltsine au Kremlin. Interrogé sur ce qu’il va faire pendant les heures cruciales qui le séparent des premiers résultats, le futur président Vladimir Poutine répond : «Je pars au banya». En s’installant en 1999 au Kosovo, la première chose qu’ont faite les parachutistes russes de la Kfor a été de construire des bains russes. «Le banya est aux Russes ce que le café est aux Français et le pub aux Anglais, un endroit où l’on retrouve ses amis», assure Vassili Alexeïevitch, un journaliste de 45 ans qui a ses habitudes aux bains Sandounovskie, les plus anciens de Moscou. Le rituel est immuable : quatre à cinq passages dans la «parilka», pièce suffocante où la température atteint 60 degrés, entrecoupés de plongeons dans une piscine d’eau froide, le tout suivi d’un repos béat sur des banquettes où l’on déguste bière, vodka et poissons fumés. Sauna bientôt Le banya fait partie du patrimoine culturel de la Russie. «Le moindre village a son bain russe. Le Russe ne saurait se passer de deux choses : de son thé deux fois par jour, de son bain une fois par semaine», relevait en 1850 l’écrivain français Alexandre Dumas découvrant la Russie. Se retrouver aux bains est signe d’amitié, et les relations entre Moscou et ses partenaires se mesurent parfois à cette aune. «Nous n’en sommes pas encore au sauna mais cela pourrait venir», a déclaré en juin le chancelier allemand Gerhard Schröder lors de la visite à Berlin de M. Poutine, dans une allusion au banya auquel Eltsine conviait le chancelier Helmut Kohl à la grande époque de l’amitié germano-russe. Les vertus relaxantes du banya sont appréciées des hommes d’affaires russes qui ne demandent qu’à initier leurs interlocuteurs occidentaux, souvent réticents au départ. «Une fois que l’on s’est retrouvés ensemble nus dans un banya et que l’on a bu une ou deux bouteilles, les relations sont bien meilleures», reconnaît finalement un homme d’affaires occidental. Les médecins sont formels : le banya élimine le stress et les toxines, les branches de bouleau, avec lesquelles on se fouette légèrement, dégagent les bronches et nettoient la peau, les branches d’eucalyptus apaisent les douleurs musculaires. Des mères de famille vont au banya avec leurs enfants, convaincues de leur forger une bonne santé pour deux ou trois dollars la séance de deux heures. Les «nouveaux Russes», ces hommes d’affaires vite enrichis et souvent liés à la mafia, payent eux jusqu’à 70 dollars l’heure pour un banya de catégorie luxe. C’est là qu’ils organisent des fêtes dans lesquelles des fonctionnaires corrompus voient parfois sombrer leur carrière, comme l’ancien ministre de la justice Valentin Kovalev, limogé en 1997 après la diffusion par les télévisions russes d’une vidéo le montrant avec des femmes nues dans un banya fréquenté par la mafia. C’est là aussi que certains, la vigilance émoussée par les vertus apaisantes du banya, sont liquidés par des tueurs à gage. En septembre dernier, le responsable d’une agence immobilière de Saint-Pétersbourg, Ilia Nepotchatykh, 29 ans, a été abattu dans un banya où il festoyait avec des amis et des prostituées. Deux mois avant, une bombe à base de TNT et de gaz de combat avait été désamorcée juste à temps dans un banya de Moscou fréquenté par le monde des affaires.
Les bains de vapeur sont depuis des siècles, avec la vodka, l’un des piliers de la société russe : on vient s’y relaxer entre amis ou en famille mais des hommes d’affaires à la réputation trouble y organisent aussi des fêtes sulfureuses qui se terminent parfois tragiquement. Le 26 mars 2000, les Russes votent pour désigner le successeur de Boris Eltsine au Kremlin. Interrogé sur ce qu’il va faire pendant les heures cruciales qui le séparent des premiers résultats, le futur président Vladimir Poutine répond : «Je pars au banya». En s’installant en 1999 au Kosovo, la première chose qu’ont faite les parachutistes russes de la Kfor a été de construire des bains russes. «Le banya est aux Russes ce que le café est aux Français et le pub aux Anglais, un endroit où l’on retrouve ses amis», assure Vassili...