La décision de Yasser Arafat et Ehud Barak de poursuivre les négociations à Camp David en l’absence de Bill Clinton illustre leur volonté de ne pas être tenus pour responsables d’un échec total du sommet qui pourrait avoir des conséquences graves sur le terrain. Elle illustre aussi le fait qu’il est difficile aux Israéliens et aux Palestiniens de mettre dans l’embarras les États-Unis et le président américain, qui a investi tout son prestige dans ce sommet. Selon le porte-parole de M. Clinton, Joe Lockhart, MM. Barak et Arafat ont réalisé «ce que serait le coût d’un échec», une allusion claire aux risques d’une explosion de violence dans les territoires palestiniens. Mais les raisons sont aussi politiques. M. Barak, qui avait pratiquement forcé M. Clinton à organiser ce sommet dont les Palestiniens ne voulaient pas, a d’autant plus intérêt à ramener un accord quelconque de Camp David que la réussite du processus de paix est la raison d’être de son gouvernement. Lâché par trois partis de sa coalition avant le sommet, M. Barak a tout misé sur Camp David. «Barak n’a pas de gouvernement, pas de majorité au Parlement et, plus important, pas de programme clair en tant que leader qui lui permette de conserver le soutien du public», soutenait hier Nahum Barnea, l’éditorialiste du plus grand quotidien israélien Yédiot Aharonot. Dans le cas de M. Arafat, le risque est de ne pas parvenir à un accord d’ici au 13 septembre, date à laquelle le Conseil central de l’OLP s’est engagé à proclamer un État indépendant, même unilatéralement. Une telle proclamation provoquerait une crise majeure avec Israël et ne serait sans doute pas vue d’un très bon œil par la communauté internationale. «Ce sera très difficile et problématique si le 13 septembre arrive sans qu’il y ait un accord», a déclaré un analyste palestinien, Ghassan al-Khatib, directeur du Centre de Jérusalem pour la communication et les médias. M. Khatib s’est déclaré persuadé que MM. Arafat et Barak parviendraient à un accord d’ici au 13 septembre, car c’est dans l’intérêt des deux camps. «Il s’agira d’un accord partiel qui leur permettra d’éviter une crise (mais) il est impossible de parvenir à un accord global», c’est-à-dire un accord résolvant toutes les questions en suspens, «parce que le fossé est trop vaste», a-t-il dit. Dans l’immédiat, les deux parties se sont mutuellement accusées de l’impasse et de refuser de faire la moindre concession. La députée palestinienne de Jérusalem-Est, Hanane Achraoui, a accusé M. Barak de négocier avec «une mentalité d’occupant», alors que le porte-parole de M. Barak, Gadi Baltiansky, a estimé que M. Arafat «n’a pas fait preuve de la souplesse nécessaire». En fait, l’intransigeance semble avoir été partagée, l’impossibilité de conclure un accord, notamment sur le statut de Jérusalem, résultant du fait que ni M. Arafat ni M. Barak n’estiment pouvoir transiger sur la question de la souveraineté sur la partie orientale de la Ville Sainte. «La proposition que Barak a faite à Arafat était extrêmement généreuse d’un point de vue israélien», estimait l’éditorialiste du Yédiot. Mais aussi généreuse fut-elle, cette proposition, qui consistait à donner aux Palestiniens une forme de contrôle sur les quartiers arabes de Jérusalem-Est, n’était pas suffisante pour M. Arafat qui ne peut accepter rien moins que la souveraineté sur la partie arabe de la ville. Une telle concession de M. Barak «l’aurait détruit dans les sondages» en Israël, selon M. Barnea. Mais à en croire le Yédiot, M. Arafat a répliqué à M. Clinton que s’il cédait sur Jérusalem, il le paierait de sa vie.
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