L’universitaire Miriam Cooke est une invétérée de littérature. Cette Américaine est incollable sur tout ce qui touche à la littérature arabe et en particulier féminine contemporaine. C’est d’ailleurs le thème de sa conférence présentée à l’université Haigazian, en coordination avec la section des affaires publiques de l’ambassade des États-Unis. Cooke est professeur de littérature arabe moderne à Duke University. Elle possède à son actif toute une série de livres sur le thème de la femme et la guerre. Son dernier, Hayati : My Life relate l’histoire de trois générations de femmes palestiniennes et leur combat contre la dépossession, la pauvreté, la guerre et le viol. Miriam Cook pense qu’il existe une voix féminine spécifique et nouvelle dans le monde arabe. Trente ans après, l’affirmation de Kateb Yacine «la femme qui écrit vaut son pesant de poudre», est toujours d’actualité. Dans une société et une littérature dominées par les hommes, l’écriture des femmes est un apport particulier pour la littérature du monde arabe. C’est dans les années 50 qu’une littérature féminine de langue arabe voit le jour. À partir des années 80 apparaissent les premières traductions en langues anglaise et française. Dès les années 90, les publications commencent à se multiplier (romans, poèmes, essais) et favorisent l’émergence d’une littérature féminine. «Aujourd’hui, il existe une nouvelle génération de femmes qui investissent l’espace littéraire. Le monde arabe traverse actuellement une crise profonde remuée de soubresauts terribles. Dans ce contexte, les femmes sont vulnérables, elles subissent la répression et les interdits. Il est donc important, affirme Cooke, que des femmes écrivains expriment leur vécu, parlent de leur statut difficile, mettent en scène leurs préoccupations fondamentales». Les femmes du monde arabe écrivent comme on pousse un cri. «Elles se sentent un peu comme le porte-parole de toutes ces souffrances silencieuses. Il y a une authenticité violente dans leur écriture qui ne peut être feinte, un corps-à-corps avec la mémoire, ce qu’elles sont, ce que la société voudrait qu’elles soient et ce qu’elles rêvent de devenir». Elle prend comme exemple la littérature féminine au Maroc, en particulier romanesque, et qui est récente : à part quelques noms comme ceux de Khnata Bennouna (dont on découvre les œuvres à partir des années soixante) et Leïla Abou Zeïd, qui est apparue depuis les années 80 et surtout 90. On peut se demander : pourquoi maintenant seulement ? Cela s’explique par des raisons nationales et internationales. Nationales parce que l’écriture féminine s’inscrit dans un mouvement récent d’ouverture relative des pouvoirs publics, et des intellectuels en général, à de nouvelles expressions marginalisées jusqu’à maintenant, telles que la littérature de jeunesse, la littérature de l’immigration et la littérature féminine. Ces nouvelles expressions sont déterminantes pour l’évolution future de la société. Internationales parce que le retard de la plupart des pays arabes concernant la question des droits de l’homme et l’égalité des sexes amena les organisations internationales à attirer l’attention sur la question faisant pression sur les gouvernants. En effet, l’aide aux pays sous-développés est de plus en plus conditionnée par la place de la femme dans la société. Pourquoi une « littérature féminine »? «De nombreux universitaires dénient le terme de “littérature féminine” à cette production, considérant que la distinction à partir d’un critère générique n’est pas valable. D’autres refusent cette qualification pour une autre raison : les textes écrits jusqu’à maintenant, selon eux, n’ont pas une qualité littéraire suffisante». Certains auteurs femmes suscitent l’intérêt des Occidentaux et les œuvres de ces dernières sont traduites à l’étranger. C’est le cas de Hanane el-Cheikh, Émilie Nasrallah… Celles de Leila Abou Zeid, par contre, sont connues, en particulier aux États-Unis avant de l’être au Maroc : la critique universitaire s’est intéressée à ses œuvres à cause de l’intérêt des Américains pour les questions sur l’islam, les traditions culturelles de la société musulmane, la situation de la femme, sujets qui sont traités par elle. D’autre part, à travers l’auteur, l’Université américaine veut connaître l’attitude et la vie des femmes marocaines ; c’est une des raisons qui expliquent l’intérêt pour l’autobiographie. D’ailleurs, son œuvre autobiographique Retour à l’enfance aurait été une commande d’une universitaire américaine. Après avoir hésité, Abou Zeïd aurait finalement accepté parce que, dit-elle, cela lui permettait de montrer une autre image de l’islam et de la femme musulmane : «Je voulais leur montrer qu’une femme musulmane est capable de prendre la plume» (introduction de Leila. Abou Zeïd). L’acte d’écrire est universel. Miriam Cook explique que la littérature féminine, surtout depuis ces 20 dernières années, a mis en évidence la spécificité de l’écriture des femmes. «Certain(e)s rejettent cette notion de différenciation alors que d’autres ont démontré qu’il y avait dans la transformation du réel qu’est tout acte littéraire une approche féminine qui est particulière aux femmes...», conlut-elle. M.G.H.
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