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Actualités - Reportages

Un secteur performant et essentiel

Au cours des ans, la Banque centrale a émis des circulaires pour réorganiser le secteur des banques d’affaires. À travers la gestion de la politique de stabilisation de la monnaie, l’autorité monétaire a donné un coup de pouce au secteur bancaire et financier, lui permettant ainsi de renforcer sa crédibilité et de regagner la confiance des investisseurs. Depuis 1992, une ambitieuse restructuration renforce le secteur bancaire et financier. «Les années 90 ont été marquées par une série non négligeable de réalisations dans le domaine bancaire et financier, constate Semaan Bassil, directeur général de la Byblos Bank. Plusieurs fusions bancaires ont eu lieu, comme l’acquisition de la Banque Beyrouth pour le Commerce par la Byblos Bank. Le secteur témoigne également d’un vaste chantier: augmentation de capital via les Global Depository Receipts (GDRs), les placements privés, les emprunts à long terme effectués par les banques et par l’État, la création de Fonds communs de placement ainsi que les prêts syndiqués» (voir tableau n° 1). Pour Fouad Nicolas Trad, directeur général du Crédit Agricole Indosuez Liban, «le secteur bancaire est la colonne vertébrale de l’économie nationale et, malgré la guerre, les banques libanaises ont pu rattraper presque tout leur retard. Elles seraient même en avance dans certains domaines: au niveau des services bancaires classiques et de l’Internet banking par exemple». Par ailleurs, les banques ont renforcé leurs actifs et leurs fonds propres. «En 1990, les dépôts dans les banques libanaises représentaient à peine 5 milliards de dollars, ils dépassent aujourd’hui les 40 milliards de dollars», indique Freddie Baz, conseiller du PDG de la Banque Audi. Caractéristique de la place financière locale, le secret bancaire a longtemps permis d’augmenter les dépôts bancaires. «Il est vrai que le secret bancaire fait partie du patrimoine financier du Liban, mais il faut apporter des modifications à la loi de 1956 sur le secret bancaire, sans toucher à l’essentiel, pour augmenter la confiance internationale; car le secret bancaire n’a pas pour but de cacher les malversations», poursuit Fouad Nicolas Trad. Ce qui facilite aussi l’attrait et la croissance des dépôts domestiques, «c’est la crédibilité et la solvabilité des banques libanaises initiées par l’autorité monétaire et par une volonté de la part des actionnaires des banques d’investir davantage», ajoute Freddie Baz. Un ralentissement bénéfique Dans un environnement économique compromettant, le dynamisme du secteur bancaire s’est ralenti; mais les banques en profitent pour redéfinir leur stratégie de restructuration. «La récession actuelle affecte sans aucun doute les banques : les profits diminuent et les engagements douteux augmentent, admet Fadi Osseiran, directeur général de Blom Invest Bank. Les banques sont généralement le reflet de la force du pays. Ainsi, un pays pauvre ne peut avoir des banques nationales fortes. Aujourd’hui, il y a une correction du secteur. Cela force les banques à améliorer les ratios d’efficacité, de solvabilité, de liquidité, de coût, et donc de pouvoir mieux se positionner une fois que la conjoncture économique sera plus stable». Ainsi, des normes strictes de contrôle et de supervision renforcent le standing financier et la solvabilité des banques libanaises. «Le secteur bancaire voit ses profits en baisse, affirme Bassam Yammine, directeur à Lebanon Invest. Mais il est toujours le plus performant car transparent, bien contrôlé et supervisé par la Commission de contrôle des banques et la Banque centrale. Il est vrai que les profits arrivaient plus facilement, aujourd’hui les banques sont contraintes à tabler plus sur l’efficacité et le coût». Développer une assise régionale «Les banques doivent penser à un développement régional. De nouvelles opportunités sont offertes sur le marché de la Syrie et de l’Irak», note Bassam Yammine. Face à un marché local limité, l’ouverture régionale semble donc être salutaire. «Dans une région encore vierge, il y a une possibilité énorme d’augmenter notre envergure et peut-être même de former des alliances entre banques pour augmenter notre position face aux banques étrangères», déclare Fadi Osseiran. Ainsi, pour assurer le succès du développement régional des banques libanaises, les alliances bancaires sont essentielles. «Ce qui manque, c’est un ou deux acteurs régionaux, remarque Fouad Nicolas Trad. Il n’y a pas une grande banque au Liban qui a un rôle régional. La première banque arabe, la Arab Bank, a des fonds propres de 2,1 milliards de dollars, alors que l’ensemble du secteur bancaire au Liban équivaut à 3 milliards de dollars. De plus, la Arab Bank, qui est à la base une banque jordano-palestinienne, ne dégage ses profits de la Jordanie qu’à hauteur de 20%, le reste est généré à travers d’autres pays dont l’Égypte et le Liban. En terme de modèle, le secteur bancaire libanais pourrait s’inspirer de la “movida” espagnole post-franquiste qui a vu la concentration accélérée des banques et la constitution de deux “champions” avec une base locale importante, un champ de manœuvre hispanophone en Amérique du Sud et la présence aujourd’hui de deux banques espagnoles parmi les dix premières banques européennes». L’État, débiteur principal L’exposition importante sur un seul débiteur est justifiée par le fait que sans une conjoncture instable, l’État représente pour les banques libanaises un emploi beaucoup plus sûr que le secteur privé (voir tableau n° 2). «Ce n’est pas un choix d’investissement mais un choix économique qui force les banques à investir dans les bons du Trésor et les eurobonds, assure Fadi Osseiran. Elles n’ont pas d’autres alternatives quand l’État fait l’économie. Habituellement, lorsque ce dernier emprunte massivement, le phénomène de “crowding out effect” se produit, mettant de côté le secteur privé. Par ailleurs, les prêts accordés au secteur public ne semblent pas aussi productifs que ceux avancés au secteur privé. «Les banques agissent en suivant des considérations de profit et de risque, poursuit Fadi Osseiran. Le regard de l’utilisation est important dans la mesure où ce dernier permet de rembourser l’argent et non pas s’il est productif dans le sens social. L’État emprunte à 14% en LL et les banques prêtent aux alentours de 17%. Mais le client débiteur préfère utiliser l’avance en dollars et pas celle en livres libanaises parce que c’est moins cher». Éviter la crise financière Nabil Sawabini, PDG de Middle East Capital Group, indique que «le gouvernement actuel, avec le support des communautés internationales, est sur la bonne voie pour éviter une crise financière. Mais les dernières mesures pour privatiser, introduire une TVA, moderniser l’économie, diminuer la dette publique, doivent être initiées au plus vite, sinon il sera trop tard !». Plus optimiste, Freddie Baz ajoute: «L’impact sur les banques libanaises de la conjoncture politique et économique ou d’une détérioration monétaire est plus réduit qu’en Turquie, en Europe de l’Est ou en Asie du Sud et dans certains pays d’Amérique latine. Les banques libanaises, contrairement aux banques turques, ne sont pas autorisées à détenir des positions de change au-delà de 5% de leurs fonds propres (ratio réduit à 1% dernièrement). Alors que les banques turques émettent des eurobonds sur les marchés internationaux essentiellement en dollars et achètent des bonds du Trésor locaux. Par ailleurs, la Banque centrale assure la fonction de dernier recours (droit de seigneuriage). En cas de problème, elle peut imprimer de la livre libanaise et rembourser les créanciers. L’exposition doit être donc évaluée du côté des devises étrangères. 15% à 17% des actifs bancaires sont placés en euro-bonds et ceci n’est pas soutenable dans la durée».
Au cours des ans, la Banque centrale a émis des circulaires pour réorganiser le secteur des banques d’affaires. À travers la gestion de la politique de stabilisation de la monnaie, l’autorité monétaire a donné un coup de pouce au secteur bancaire et financier, lui permettant ainsi de renforcer sa crédibilité et de regagner la confiance des investisseurs. Depuis 1992, une ambitieuse restructuration renforce le secteur bancaire et financier. «Les années 90 ont été marquées par une série non négligeable de réalisations dans le domaine bancaire et financier, constate Semaan Bassil, directeur général de la Byblos Bank. Plusieurs fusions bancaires ont eu lieu, comme l’acquisition de la Banque Beyrouth pour le Commerce par la Byblos Bank. Le secteur témoigne également d’un vaste chantier: augmentation de capital via...