Le pont de l’Alma, théâtre de l’accident qui fut fatal à la princesse Diana le 31 août 1997, est devenu un étrange lieu de pèlerinage où affluent chaque jour des centaines de touristes du monde entier. Les visiteurs se sont approprié un monument déjà existant, une reproduction de la flamme de la Statue de la Liberté érigée en 1987 en hommage à «l’amitié franco-américaine». Dans une tentative pour contenir la ferveur des pèlerins, les pouvoirs publics ont apposé sur le socle de l’ouvrage une note en anglais et en français: «Ce monument a été érigé en 1987 et non à la mémoire de Diana. Merci de le respecter comme vous respectez Diana». Peine perdue, puisque la flamme dorée est aujourd’hui couverte de graffitis, de photos, de fleurs fraîches ou artificielles, de poèmes, de cartes postales et de déclarations enflammées écrites sur tous les supports possibles, du ticket de métro à l’emballage de chocolat, et dans toutes les langues et alphabets imaginables. «It was not an accident» (ce n’était pas un accident), dit une inscription au feutre. La thèse du complot est parfois défendue, mais c’est plus souvent un amour et une admiration naïve qu’expriment les ex-voto déposés là comme sur une tombe: «Nous t’aimons, repose en paix»; «Nous ne t’oublierons jamais»; «Ton nom restera à jamais gravé dans les cœurs du monde entier». «Seuls les exclus semblent avoir compris ton message», dit un anonyme qui se souvient des «visites furtives et secrètes aux nôtres, dans le Londres endormi». Un autre fustige la «belle-mère trop envahissante de Diana», c’est-à-dire la reine Elisabeth. Un seul homme semble avoir gardé l’espoir de mettre de l’ordre dans la sanctification des lieux. Jean, barbe blanche, la soixantaine, l’air un peu hirsute, explique qu’il passe ses journées devant le «monument». «Pseudo-accident» «Regardez, regardez, dit-il d’un air indigné. Hier, il y avait des fleurs ici, tout a été volé». «La mairie de Paris ne nettoie pas, il faudrait s’en occuper, marmonne-t-il en montrant son sac qui contient des rouleaux de papier adhésif et du papier. Je le donne aux gens qui veulent laisser un petit mot». Du métro, de la tour Eiffel ou du cours Albert 1er, les pèlerins affluent par groupes ou en famille, plus particulièrement dans les périodes touristiques. Ils tournent longuement autour de l’endroit, s’y font photographier et certains pleurent. Beaucoup descendent ensuite vers le tunnel proche, dans l’espoir d’apercevoir le treizième pilier où la vie de Diana s’est arrêtée, en même temps que celles de son amant Dodi Fayed et du chauffeur Henri Paul. Une inscription en anglais sur la flamme les y invite: «Ce monument distrait votre attention du vrai lieu du pseudo-accident. Allez par là». Des bouquets de fleurs sont posés à l’entrée du tunnel. «Elle avait tout pour être heureuse, elle faisait beaucoup de choses, elle avait deux enfants merveilleux», dit Sophie en scotchant sa dédicace. Cette habitante d’Abbeville, dans la Somme, explique avoir profité d’un séjour à Paris pour venir spontanément avec sa sœur Chantal sur le pont de l’Alma. «S’ils l’avaient laissée tranquille, un peu ces journalistes...», dit cette dernière. Joan et James Anderson, habitants de Coventry, ont fait un crochet après leur visite de la tour Eiffel. «Diana était normale, elle était comme nous, elle avait du pouvoir et elle s’en servait. Elle était hors des normes de la famille royale. Même la reine respectait ce qu’elle faisait», dit Joan. James pense que «c’est une grande perte pour l’Angleterre». «Je ne serais pas venue à Paris sans venir ici. Mais enfin, je trouve qu’on en a trop fait, ce n’est pas une sainte», dit Mary Philipps, habitante de Swansea, au Pays de Galles. «C’était quelqu’un d’exceptionnel, quelqu’un de très gentil qui a fait beaucoup pour mon pays», pense sa fille Rebecca, qui habite Paris. Cette fascination pour le pont de l’Alma, qui mêle fervents admirateurs et simples curieux, a donné des idées à certains commerçants. L’hôtel parisien Odéon a ainsi organisé des déplacements payants sur les lieux, sans grand succès semble-t-il. En revanche, on peut voir des groupes de touristes guidés passer par le pont de l’Alma. (AFP)
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