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Agenda - Hommage

À la mémoire de Michel Béchara el-Khoury : gardien de l’État et de la confiance

Il est des hommes dont la disparition laisse un vide plus grand que leur absence. Parce qu’ils appartiennent à cette espèce devenue si rare de serviteurs de l’État qui ne recherchent ni les honneurs ni les applaudissements, mais trouvent leur seule récompense dans l’accomplissement du devoir.

Michel Béchara el-Khoury était de ceux-là.

À deux reprises, lorsque le Liban vacillait, il accepta de porter le poids de la Banque du Liban avec ce courage silencieux qui ne fait jamais la une des journaux mais qui permet aux nations de tenir debout. Une première fois en 1978, au cœur des années les plus sombres de la guerre civile, puis de nouveau en 1991, à l’aube difficile de la reconstruction. Lors de ce second mandat, il s’attacha à restaurer la confiance dans la livre libanaise, à reconstituer les réserves en devises de la banque centrale et à rendre à l’institution la crédibilité indispensable au redressement d’un pays meurtri par des années de conflit.

Il savait que la confiance est la plus précieuse des monnaies et que défendre une institution, c’est parfois défendre un pays tout entier.

Il appartenait à une génération qui croyait encore que l’État était une idée avant d’être un pouvoir, un bien commun avant d’être un partage d’influences.

Ceux qui ont eu le privilège de le connaître gardent le souvenir d’un homme discret, d’une grande rigueur intellectuelle, profondément intègre et animé d’un sens élevé de l’État. Bien qu’héritier d’un nom intimement lié à l’histoire du Liban en tant que fils du président Béchara el-Khoury, il avait su s’affranchir de cet héritage pour forger sa propre stature, fondée sur la modération, l’indépendance de jugement, la fidélité aux institutions et une conception exigeante du service public. Profondément libre, résolument républicain, étranger aux réflexes partisans comme aux enfermements confessionnels, il portait une certaine idée du Liban : celle d’une patrie plus grande que ses divisions, où la compétence, l’intégrité et la mesure devaient toujours l’emporter sur les allégeances. Des hommes de cette trempe deviennent aujourd’hui douloureusement rares.

Il appartenait à ceux qui considéraient la banque centrale comme un sanctuaire de confiance. Ceux qui lui ont succédé l’ont peu à peu transformée en laboratoire d’illusions financières, au service d’un système où la rente l’emporta sur la république. Le verdict de l’histoire est aujourd’hui sans appel : ce qu’il avait patiemment construit fut méthodiquement défait, jusqu’à l’effondrement d’un pays tout entier.

J’ai eu le privilège de connaître l’homme derrière les fonctions. Son amitié fut pour moi un honneur. Je garderai une gratitude infinie pour la confiance qu’il m’a témoignée, pour l’intérêt généreux qu’il portait à mon travail, pour ses encouragements constants, ses conseils bienveillants et pour m’avoir fait l’immense honneur de me compter parmi ses compagnons et ceux qu’il avait choisis pour servir la Société des membres de la Légion d’honneur (SMLH)-Liban et la Fondation Béchara el-Khoury. Certaines marques de confiance ne s’oublient jamais : elles obligent, elles inspirent et elles accompagnent toute une vie.

Les grands hommes ne sont pas seulement ceux qui marquent leur époque. Ce sont ceux qui, par leur seule présence, élèvent les autres et rendent chacun un peu meilleur. Michel Béchara el-Khoury appartenait à cette catégorie si précieuse.

Le Liban perd aujourd’hui davantage qu’un ancien gouverneur. Il perd une conscience, un repère moral, une certaine idée de l’État. Ses proches, eux, perdent un ami d’une rare élégance, dont la noblesse d’âme survivra longtemps à son départ.

À son fils, mon cher ami Malek, à sa famille et ses proches, et à tous ceux qui l’ont aimé et estimé, j’adresse mes plus sincères condoléances, avec une profonde affection et une immense gratitude.

Que son souvenir demeure une lumière pour le Liban. Et que son âme repose en paix.

Présidente de l’Institut des finances Basil Fuleihan

Il est des hommes dont la disparition laisse un vide plus grand que leur absence. Parce qu’ils appartiennent à cette espèce devenue si rare de serviteurs de l’État qui ne recherchent ni les honneurs ni les applaudissements, mais trouvent leur seule récompense dans l’accomplissement du devoir.Michel Béchara el-Khoury était de ceux-là.À deux reprises, lorsque le Liban vacillait, il accepta de porter le poids de la Banque du Liban avec ce courage silencieux qui ne fait jamais la une des journaux mais qui permet aux nations de tenir debout. Une première fois en 1978, au cœur des années les plus sombres de la guerre civile, puis de nouveau en 1991, à l’aube difficile de la reconstruction. Lors de ce second mandat, il s’attacha à restaurer la confiance dans la livre libanaise, à reconstituer les réserves en devises de...