Certaines personnes marquent une institution. D’autres deviennent cette institution.
Pour beaucoup d’entre nous, le Collège Louise Wegmann est indissociable de Leila Khalaf. Et Leila Khalaf est indissociable du Collège Louise Wegmann.
Mais au-delà de l’école qu’elle a dirigée pendant plus de soixante ans, Leila Khalaf laisse derrière elle une vision. Une certaine idée de l’éducation. Une certaine idée du Liban.
Née dans une famille beyrouthine, Leila Khalaf est élève du Collège protestant français de Starco dans les années 1950. Elle y rencontre une femme qui marquera profondément sa vie : Louise Wegmann. Séduite par sa pédagogie, inspirée par sa personnalité et ses valeurs, elle décide, avec onze autres anciennes élèves, de fonder une école qui portera son nom.
Nous sommes alors au milieu des années 1960. À cette époque, le paysage éducatif libanais est largement structuré autour de deux modèles : les écoles étrangères, rattachées à des institutions internationales, et les écoles confessionnelles, liées aux différentes communautés religieuses du pays.
Le choix des fondatrices est différent. Elles créent une école libanaise. Une école indépendante. Une école ouverte à tous. Une école multiconfessionnelle et laïque.
Plus encore, elles choisissent de ne pas en faire une entreprise privée. Elles fondent une association à but non lucratif, plaçant l’institution au service de sa mission éducative plutôt qu’au service d’intérêts particuliers.
Cette décision, visionnaire pour son époque, demeure aujourd’hui l’une des singularités du Collège Louise Wegmann (CLW).
Le contexte dans lequel naît le CLW n’est pas anodin. C’est le Liban du chehabisme, celui de la construction de l’État moderne. Un État qui aspire à dépasser les appartenances confessionnelles et partisanes pour bâtir une citoyenneté commune. À sa manière, le CLW s’inscrit dans cette ambition.
Là où d’autres institutions éducatives se définissent d’abord par leur appartenance confessionnelle ou leur rattachement international, le CLW rassemble.
Là où certains établissements regardent vers l’extérieur, le CLW s’ancre profondément dans son environnement, dans son pays et dans sa société.
En ce sens, le CLW est depuis son origine une école profondément citoyenne.
Aujourd’hui, après plus de six décennies de présence, d’engagement et de leadership, Leila Khalaf nous quitte. Mais l’institution qu’elle a bâtie demeure.
Le CLW reste cette école indépendante, ouverte à tous, multiconfessionnelle et laïque qu’elle a imaginée et défendue tout au long de sa vie.
Il appartient désormais à celles et ceux qui lui succèdent – au conseil d’administration, à la direction, aux enseignants, aux parents, aux anciens et aux élèves – de poursuivre son œuvre et de continuer ce qu’elle a construit.
Car au-delà d’une école, Leila Khalaf nous lègue une conviction : celle qu’il est possible de former des citoyens avant de former des appartenances.
À l’heure où le Liban continue de chercher son chemin, cette vision demeure d’une actualité remarquable.
Le CLW est aujourd’hui plus qu’un établissement scolaire. Il est l’expression d’un Liban ouvert, pluraliste et profondément humain.
Et en cela, Leila Khalaf aura été une véritable visionnaire.
Que son âme repose en paix.
Lyna COMATY ABOU ADAL
Promo 2003, membre du conseil d’administration


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