Au début de la séance du Conseil des ministres, une minute de silence pour les victimes des agressions israéliennes au Liban. Photo fournie par la présidence libanaise.
Le gouvernement libanais réuni jeudi au palais présidentiel de Baabda, au lendemain d’un carnage perpétré au Liban par Israël, a chargé l’armée et les forces de sécurité d’« assurer le monopole des armes » à Beyrouth, avec pour objectif de déclarer la capitale libanaise « ville sans armes du Hezbollah ». Il a également annoncé, reprenant les propos du chef de l’État Joseph Aoun, et du Premier ministre Nawaf Salam, que « personne ne négocie à la place du Liban » ou « en son nom », évoquant les pressions exercées par le président libanais pour que le Liban soit inclus dans l’accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran.
À l’issue du Conseil des ministres, M. Salam a annoncé avoir demandé à l’armée et aux appareils sécuritaires d’intensifier leur déploiement à Beyrouth afin « d’étendre le contrôle de l’État » dans la capitale et d’y « assurer le monopole des armes ». Il a aussi indiqué que le Liban allait présenter une plainte urgente devant le Conseil de sécurité de l’ONU en réponse à la « dangereuse escalade israélienne » de la veille.
Au premier jour du cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, l’armée israélienne a mené mercredi « 100 frappes en 10 minutes » sur le Liban. Des frappes qui, à Beyrouth notamment, ont visé des quartiers densément peuplés, sans aucun avertissement. Des quartiers connus pour ne pas être affiliés au Hezbollah, mais qui pourraient abriter des déplacés des zones de guerre. Le bilan, toujours provisoire puisque les secours s’employaient encore, jeudi matin, à sortir des victimes des décombres des bâtiments frappés, est effroyable : au moins 203 morts et plus de 1.000 blessés, selon le ministère de la Santé.
L'opposition des ministres du Hezbollah
La mesure n’a pas fait l’unanimité. Le ministre de l’Information et porte-parole du gouvernement, Paul Morcos, a affirmé à l’issue de la réunion que les deux ministres du Hezbollah, Mohammad Haïdar (Travail) et Rakan Nassereddine (Santé), se sont opposés à la décision du Conseil des ministres.
Alors que le Liban officiel a pris la décision d’assurer le monopole étatique des armes, le 5 août 2025, le commandant en chef de l’armée libanaise, Rodolphe Haykal, a mis en garde contre une confrontation entre le Hezbollah et la troupe, au cas où celle-ci appliquerait par la force le plan de désarmement. Début mars, il est revenu à la charge soulignant dans un communiqué l'importance de « l'unité nationale » avant d'ajouter que « la sortie de crise » repose sur l’arrêt des « agressions israéliennes » et le « renforcement des capacités de l’institution militaire ». Une position conciliante qui lui a valu de nombreuses critiques.
Concernant l'importance que l'État garde la main sur les négociations, le ministre Morcos a d’abord repris les propos du chef de l’État. « Nous ne voulons pas que quiconque négocie en notre nom », a affirmé le président, selon le communiqué dont M. Morcos a fait lecture. Le ministre a ajouté que lM. Aoun « fait pression pour que le Liban soit inclus dans l'accord de cessez-le-feu ». Citant également le Premier ministre, il a indiqué que « Nawaf Salam a insisté sur la question du cessez-le-feu et sur la nécessité de garder la main sur l'initiative de négociation (directe avec Israël, ndlr) ». Et ce, en allusion au précédent cessez-le-feu adopté le 27 novembre 2024, et négocié entre Israël et le Hezbollah.
À l’issue de la séance, le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, a pour sa part affirmé que son ministère « travaille jour et nuit ». « Il y a une grande colère contre Israël qui tue des civils innocents, et une colère également contre quiconque se cache parmi les civils et cause ce qui se passe », a-t-il dit, dans une allusion au Hezbollah.
Présidée par le chef de l’État, la séance a débuté vers 11h30 par une minute de silence en mémoire des victimes des attaques israéliennes contre le Liban, à la demande du président de la République, selon un communiqué publié sur X par le site de la présidence libanaise.
Peu avant la réunion, le président et le Premier ministre s'étaient entretenus à huis clos. M. Salam s’était aussi entretenu au préalable avec le président du Parlement, Nabih Berry.

