Le chef des Forces libanaises Samir Geagea. Photo d'archives Ani
Quelques heures après la frappe inédite de l’armée israélienne sur un bâtiment résidentiel habité dans une zone chrétienne du Metn, considérée comme sûre depuis la reprise de la guerre entre l’État hébreu et le Hezbollah, le chef des Forces libanaises Samir Geagea a pris la parole pour accuser « l’État profond » d’avoir mis des Libanais innocents en danger. La frappe survenue dimanche soir a tué au moins trois personnes, dont un responsable local des FL qui se trouvait un étage au-dessus de celui ciblé par l'attaque. Celle-ci a manqué son objectif, selon la radio de l’armée israélienne.
« Ce que l’on appelle « l’État profond » au Liban — l’armée libanaise, les Forces de sécurité intérieure et la justice — a préféré laisser certains Libanais se diriger vers le danger plutôt que de les affronter, estimant qu’assumer ses responsabilités dès le départ aurait été préférable pour tous », a lancé M. Geagea au cours d’une conférence de presse. Le chef de la formation chrétienne compte parmi les plus virulents opposants au Hezbollah sur la scène politique. Il a appelé cet « État profond » à mettre en place des mécanismes clairs pour identifier les sources de danger et agir immédiatement.
« Même si l’État choisit de ne pas empêcher certains de se mettre en danger, il n’a pas le droit de laisser ceux qui veulent vivre en sécurité exposés à la mort dans leurs propres maisons », a-t-il ajouté. Il a souligné que les municipalités accomplissent leur devoir en documentant les informations et en les transmettant aux services de sécurité, mais que le suivi reste insuffisant. Il a insisté sur le fait que l’identification des sources de danger relève des services de sécurité, qui doivent disposer de listes claires et prendre les mesures nécessaires pour protéger les citoyens.
Samir Geagea a estimé que « 75 % des gens respectent l’État, mais celui-ci ne les respecte pas en retour », considérant que cela pourrait définitivement rompre ce qui reste de confiance dans les institutions du pays. Il s’est aussi exprimé sur la frappe : « Ce qui s’est passé, c’est que les Israéliens visaient un responsable de la force iranienne al-Qods. Une frappe a été dirigée contre un ancien bâtiment, provoquant l’effondrement du plafond sur le domicile de notre camarade Pierre Moawad, qui s’y trouvait. Il est tombé avec son épouse ainsi qu'une femme qui leur rendait visite. Plusieurs personnes présentes avec eux, ou dans l’appartement voisin, ont été blessées », a-t-il détaillé, ajoutant que « ce qui s’est produit ne nécessite pas beaucoup d’interprétations ».
« Notre camarade Pierre est pour moi un martyr, mais de tels incidents ne doivent pas se répéter. Les services de sécurité doivent obtenir des listes précises des déplacés présents dans les zones sûres et mener un recensement rigoureux dans ces zones », a-t-il ajouté.
Il a précisé que Pierre Moawad était un ancien membre des Forces libanaises, ayant commencé comme « combattant à Beyrouth, puis avait rejoint l’artillerie, avant de s’engager en politique après l’accord de Taëf », qui avait marqué la fin de la guerre civile de 1975-1990. « Après la dissolution du parti, il avait été l’un des plus actifs dans la poursuite du travail partisan dans le Metn-Nord, à une époque où toute activité politique était interdite », a poursuivi Samir Geagea.
Le leader chrétien a ajouté que Pierre Moawad avait « ensuite travaillé au centre de Bourj Hammoud, où il avait occupé le poste de secrétaire du centre, avant d’être nommé responsable du centre des Forces libanaises dans la localité de Yahchouche, dans le Ftouh Kesrouan ». Il a enfin présenté ses condoléances aux familles de Pierre Moawad et de son épouse Flavia, tués dans la même frappe, ainsi qu’à la famille de la troisième victime qui habitait dans l’immeuble.
La frappe de Aïn Saadé, survenue sans avertissement a provoqué un regain de tension dans certaines zones chrétiennes à l'encontre des déplacés issus des zones chiites ravagées par les bombardements israéliens. Le chef de l’Église maronite Béchara Raï a estimé lundi que le Liban « ne pouvait se redresser qu'à travers sa neutralité », dénonçant une nouvelle fois la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. Le Courant patriotique libre (CPL), parti adversaire des FL et ancien allié politique du Hezbollah a appelé lundi les responsables de la formation chiite à ne pas se cacher parmi les civils déplacés et leurs hôtes.
Quelques heures avant la frappe de dimanche, le président Joseph Aoun avait renouvelé son appel à des négociations directes avec Israël, pour empêcher que le Liban-Sud ne se transforme « en un nouveau Gaza », dans un discours prononcé en marge de la messe de Pâques à Bkerké.
Selon le dernier décompte du ministère de la Santé lundi soir, 1 497 personnes ont été tuées au Liban depuis le 2 mars.


