Des militants palestiniens du Hamas et des membres du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) observent la reprise des recherches des corps des otages israéliens tués, dans la ville de Gaza, le 2 novembre 2025. Photo archives Omar Al-Qattaa/AFP
Le Hamas s’emploie à consolider son emprise sur la bande de Gaza en plaçant des fidèles à des postes-clés de l’administration, collectant des taxes et continuant à verser des salaires, tandis que des élections internes, pour désigner un nouveau dirigeant, sont toujours en préparation au sein du mouvement.
Selon une évaluation de l’armée israélienne consultée par l'agence Reuters et présentée fin janvier au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, l’armée estime que le Hamas « met en œuvre sur le terrain des mesures destinées à préserver son influence et son contrôle sur la bande de Gaza depuis les échelons locaux, notamment en intégrant ses partisans dans les institutions gouvernementales, les appareils sécuritaires et les autorités locales ».
Officiellement, le mouvement affirme pourtant être prêt à confier l’administration du territoire palestiniens à un comité de technocrates palestiniens soutenu par Washington et dirigé par Ali Chaath, un ancien responsable de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie occupée. Le Hamas souligne toutefois qu'Israël n’a pas encore autorisé les membres de ce comité à entrer dans l’enclave pour exercer leurs fonctions.
« Le Hamas a nommé cinq gouverneurs de district, tous liés à sa branche armée, les brigades Ezzeddine al-Qassam », rapporte l'agence britannique, qui cite des sources palestiniennes disposant d’une connaissance directe des opérations du groupe islamiste. Celles-ci ajoutent que des responsables de haut rang ont également été remplacés aux ministères de l’Économie et de l’Intérieur, et sont chargés respectivement de la fiscalité et de la sécurité. Un nouveau vice-ministre de la Santé est par ailleurs apparu récemment lors d’une tournée d’hôpitaux à Gaza, selon une vidéo diffusée par le ministère. Ce document, dont le contenu a été révélé pour la première fois par la chaîne israélienne Channel 13, constitue l’évaluation la plus détaillée rendue publique à ce jour.
Le directeur du bureau médias du gouvernement, Ismaïl al-Thawabta, a cependant contesté l’existence de nouvelles nominations, affirmant que des remplacements provisoires avaient simplement été effectués pour éviter « tout vide administratif » et garantir la continuité des services publics pendant les négociations politiques.
Élections internes au Hamas
Après plusieurs mois de direction collégiale présidée par Mohammad Darwiche, le Hamas continue pour sa part de préparer des élections internes, selon la chaîne BBC qui cite une source palestinienne proche du mouvement. Cette élection interviendra alors que la hiérarchie du Hamas a été décapitée depuis le déclenchement de la guerre à Gaza. Son ancien chef politique, Ismaïl Haniyé, a été éliminé par Israël à Téhéran en juillet 2024, tandis que Yahya Sinouar, son ex-chef militaire considéré comme l’architecte du 7-Octobre, a été tué en octobre de la même année à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.
Selon le règlement intérieur du groupe islamiste, le dirigeant du Hamas est élu par un collège électoral d’environ 86 membres issus du Conseil de la Choura, la plus haute instance décisionnelle du mouvement, qui regroupe des représentants de Gaza, de Cisjordanie occupée, de l’étranger, ainsi que des prisonniers palestiniens détenus en Israël. La Choura élit à son tour tous les quatre ans les 18 membres du bureau politique ainsi que son chef. La compétition oppose principalement Khalil Hayyé, chef du Hamas dans la bande de Gaza, - largement considéré comme proche des lignes politiques défendues par Yahya Sinouar et Ismaïl Haniyé - et Khaled Mechaal, responsable du Hamas à l’étranger et figure historique du mouvement, qui en a été le chef pendant près de deux décennies.
Ministères et administrations locales à Gaza
Au niveau des ministères, l’évaluation militaire israélienne estime qu'au moins 14 des 17 ministères de Gaza fonctionnent désormais, contre seulement cinq au plus fort de la guerre. Treize des 25 municipalités ont également repris leurs activités. Le Hamas aurait nommé cinq gouverneurs et quatre maires pour remplacer des responsables tués ou démis de leurs fonctions pendant le conflit. Le choix pour ces postes de personnalités liées à la branche armée viserait notamment à lutter contre des groupes armés locaux et milices soutenus par Israël.
Par ailleurs, alors qu'il a été annoncé jeudi soir que le recrutement avait commencé pour une nouvelle force de police palestinienne placée sous l’autorité du comité technocratique qui doit prendre la tête de l'enclave, le Hamas chercherait à intégrer « quelque 10 000 de ses combattants, dont plusieurs centaines issus de son puissant service de sécurité intérieure » au sein de cette force, rapporte. Le lancement de ce recrutement avait été annoncé jeudi au cours de la réunion inaugurale du Conseil de paix à Washington, par Nickolay Mladenov, le haut représentant pour Gaza nommé par Washington. « Dès les premières heures, 2 000 Palestiniens ont déjà déposé leur candidature » pour rejoindre cette force « de transition », avait-il précisé.
En outre, un document israélien affirme que le Hamas tire principalement ses revenus « du secteur privé, notamment via des taxes imposées aux marchandises introduites clandestinement à Gaza, telles que cigarettes, batteries, panneaux solaires ou téléphones portables ». Selon un acte d’accusation israélien visant un réseau de contrebande, le mouvement aurait perçu depuis le début de la guerre « des centaines de millions de shekels (1 dollar équivaut à environ 3.12 shekels ) grâce à la taxation des cigarettes introduites illicitement dans l’enclave ». Ce qui permettrait au groupe islamiste, malgré le conflit, de continuer à verser des salaires aux fonctionnaires et à ses combattants.



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