L'homme d'affaires émirati Khalaf Ahmad al-Habtoor à côté du président libanais, Joseph Aoun. Photo tirée du site X de la présidence libanaise, le 11 septembre 2025
Le groupe Al Habtoor, dirigé par l’homme d’affaires émirati Khalaf al-Habtoor, a menacé de poursuivre en justice le gouvernement libanais et la Banque du Liban (BDL) pour avoir provoqué, à travers leurs décisions des pertes d’investissements dépassant 1,7 milliard de dollars (6,24 milliards de dirhams), selon un communiqué envoyé par email et diffusé notamment par l'agence Reuters ainsi que par plusieurs médias locaux.
Le groupe a plus précisément déclaré que ses « investissements ont subi des dommages graves et durables en raison directe des mesures et restrictions imposées par les autorités libanaises et la BDL, qui l'ont empêché d’accéder librement et de transférer des fonds déposés légalement dans les banques libanaises », en référence au blocage de milliards de dollars de dépôts pendant la crise qui a éclaté en 2019 et qui perdure jusqu’à présent.
« Ces mesures, aggravées par les crises politiques, économiques, financières et sociales prolongées auxquelles fait face la République libanaise, ainsi que par l’incapacité du Liban à garantir un environnement stable et sûr pour les opérations et les investissements, ont causé des dommages et des pertes importants et continus aux actifs et aux biens du groupe au Liban, dépassant une valeur de 1,7 milliard de dollars », précise le communiqué.
Le groupe, qui a assuré avoir « épuisé en vain tous les efforts raisonnables et de bonne foi pour résoudre ce différend à l’amiable, y compris par des communications officielles avec les autorités concernées », déclare qu’« il n’existe pas d’autre alternative » que de « s’engager dans toutes les procédures judiciaires nécessaires pour protéger et faire valoir ses droits en vertu des accords internationaux et des cadres juridiques en vigueur ». Il affirme toutefois rester ouvert à des solutions constructives permettant de rétablir ses droits, tout en avertissant qu’il « ne peut pas et ne continuera pas à absorber des pertes supplémentaires résultant de l’inaction prolongée, de la négligence et de l’échec systémique ».
Les bureaux du Premier ministre libanais, Nawaf Salam, et de la Banque du Liban n’ont pas répondu dans l’immédiat aux demandes de commentaire de Reuters.
Le groupe Al Habtoor a investi pendant des années au Liban dans divers secteurs, notamment l’hôtellerie, le commerce de détail et l’immobilier. Il avait même fait construire un parc d’attractions à Baabda, aujourd’hui désaffecté.
Khalaf al-Habtoor, fondateur et président du conseil d’administration du groupe, est connu pour ses déclarations critiques à l’encontre du Hezbollah. Il a multiplié les prises de position depuis l’élection du président Joseph Aoun en janvier 2025, soit pour rallier l’enthousiasme lié à la volonté renouvelée des dirigeants libanais de lancer des réformes en suspens depuis 2019, soit pour dénoncer, entre autres, la mainmise du parti chiite, parrainé par l’Iran, sur la gouvernance du pays.
Quelques jours avant les funérailles en février 2025 de l’ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, éliminé lors d’un raid israélien dans la banlieue sud de Beyrouth en septembre 2024, le milliardaire avait mis en garde contre « la fin du Liban » en cas de représentation officielle à cette occasion.
En janvier 2025, Khalaf al-Habtoor avait annoncé avoir pris une décision « douloureuse » d’annuler tous les projets d’investissement au Liban et de vendre l’ensemble de ses biens immobiliers dans le pays, en raison des défis auxquels l’État était confronté. Mais en septembre de la même année, il avait annoncé son retour au Liban, promettant un regain d’investissements.



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