Le président français Emmanuel Macron assistant à une cérémonie au Mémorial de la Shoah, le musée de l'Holocauste à Paris, le 27 janvier 2025 (à gauche), et le président américain Donald Trump participant à une table ronde dans la salle Roosevelt de la Maison Blanche à Washington, DC, le 10 décembre 2025. Photo de Thibault Camus et ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP
Dans un message privé, Emmanuel Macron a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements.
« Mon ami », commence le président français dans un message qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain. « Nous sommes totalement alignés sur la Syrie », poursuit-il. « Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland. »
Emmanuel Macron propose alors d'« organiser une réunion du G7 à Paris jeudi après-midi », et se dit prêt, « en marge » de ce sommet, à « inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et les Russes ».
Une présence officielle de ces derniers à Paris serait inédite depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine il y a bientôt quatre ans - la Russie ayant été expulsée du G8, redevenu G7, à la suite de l'annexion de la Crimée par Moscou en 2014, même si Donald Trump a plusieurs fois exprimé le vœu de la réintégrer.
La réponse du président américain n'a pas été rendue publique, et rien ne dit à ce stade que ce sommet se fera. Le Kremlin a assuré n'avoir reçu aucune invitation.
Emmanuel Macron estime avoir appris à gérer sa relation avec Donald Trump lors du premier mandat à la Maison Blanche et depuis son retour il y a un an. Face à des tensions à nouveau au plus haut en raison de la volonté américaine de s'emparer du Groenland et des menaces de taxes douanières accrues contre les Etats européens qui s'y opposent, le président français tente de jouer sur les codes de la diplomatie disruptive de son homologue.
« Le président Trump aime faire des opérations. J'ai un peu le même tempérament, donc je comprends très bien », avait reconnu Emmanuel Macron en octobre au sujet de ses « coups » qui sèment souvent la sidération. Accusé d'être trop accommodant il y a deux semaines sur le Venezuela, il est monté en première ligne en dépêchant des militaires sur l'île arctique aux côtés de l'Allemagne notamment. Puis il a été le plus ferme des dirigeants de l'UE à s'élever contre les menaces douanières.
Président dont « personne ne veut »
Parallèlement, Paris a été le premier grand pays à dire clairement « non » à l'invitation américaine à un « Conseil de la paix » qui ressemble à un substitut de l'ONU, mais totalement à la main de Donald Trump. Ce dernier a réagi en moquant son homologue français, dont « personne ne veut car il va bientôt terminer son mandat », et en agitant le spectre de droits de douane de 200% sur les vins et champagnes.
Hasard du calendrier, cette séquence intervient le jour de la diffusion, prévue mardi sur la chaîne France 2, d'un documentaire dans lequel on voit Emmanuel Macron appeler le dirigeant américain en mai depuis Kiev pour lui dire que le président ukrainien a accepté sa proposition de cessez-le-feu. « Prix Nobel pour ça ! », « tu es le meilleur », répond l'intéressé.
Les deux hommes, qui avaient cassé les codes, chacun à sa manière, pour arriver aux affaires en 2017, avaient d'abord noué une relation particulière, entre séduction et rapports de force. Mais la vraie-fausse idylle a depuis connu des hauts mais aussi beaucoup de bas. A tel point qu'Emmanuel Macron est régulièrement accusé, en France et parfois en Europe, d'en faire trop pour plaire à Donald Trump.
L'ex-président François Hollande a estimé que son successeur avait tort de vouloir ménager l'Américain « pour essayer de l'influencer » et de « tout faire pour (le) garder sur le terrain européen ».
C'est bien la stratégie d'Emmanuel Macron: « garder Trump au plus près de nous » lorsque les intérêts européens sont en cause. « Gérer ses à-coups » et les poussées de tensions, quitte à avaler des couleuvres, quand monter au créneau serait peine perdue. « Il pense qu'il faut choisir ses batailles », résume Célia Belin, chercheuse au groupe de réflexion Conseil européen pour les relations internationales. « C'est un principe de réalité: quand la gesticulation ne sert à rien, ça nous rend à la limite plus faibles. »
Selon elle, « l'Europe a besoin que la France », pays doté de l'arme nucléaire et porteuse par tradition gaulliste d'une voix à part, « se mette plus en avant dans la confrontation avec Trump ».

